AIR


AIR
AIR

Le globe terrestre est entouré d’une atmosphère constituée d’un mélange gazeux nommé air, qui s’étend de la surface du sol jusqu’à une altitude d’environ 150 kilomètres.

La pression de l’air au niveau de la mer a longtemps servi d’unité de pression (atmosphère); elle décroît si l’on s’élève et, vers 130 kilomètres, le vide est comparable à celui que l’on peut obtenir en laboratoire avec les meilleures pompes. L’air conditionne fondamentalement la quasi-totalité des formes de la vie terrestre; selon l’activité qu’il fournit, un homme en consomme entre 3 000 et 5 000 litres par vingt-quatre heures. L’abondance sans limite de ce mélange gazeux, son coût nul et son omniprésence en ont fait un sujet d’étude de choix dès l’Antiquité. Les chimistes ont cherché à en déterminer la nature et les physiciens se sont intéressés aux problèmes de sa masse et de sa pression.

L’activité des hommes s’est traduite, surtout au XXe siècle, par divers rejets gazeux dans l’air. Les problèmes de pollution ont dépassé les seuils critiques dans certaines régions du globe, avec parfois des conséquences dramatiques pour la vie des habitants. En France, un certain nombre de réseaux d’analyses automatiques d’air fonctionnent en permanence; les pouvoirs publics interviennent auprès des industries lors du déclenchement de certaines alarmes, pour diminuer les rejets d’oxydes d’azote, de carbone ou de soufre. La maîtrise totale du problème est toutefois difficile dans la mesure où environ la moitié des rejets d’oxydes de soufre proviennent, en hiver, des chauffages domestiques individuels ou collectifs.

Composition de l’air

Pour les Anciens, l’air représente, avec la terre, le feu et l’eau, l’un des éléments constitutifs du monde; et tous les gaz reçoivent l’appellation d’air. Il faut attendre la seconde moitié du XVIIe siècle pour voir John Mayow démontrer que l’air est un mélange dont une partie seulement peut entretenir la vie. Le constituant actif est assimilé au gaz obtenu par calcination du salpêtre, ou «nitre», d’où le nom d’«esprit nitro-aérien» alors donné à l’oxygène. Un siècle plus tard, la nature de l’air est vraiment élucidée par Lavoisier. L’expérience par laquelle il établit la composition de l’air est, encore à notre époque, un modèle de rigueur scientifique et de raisonnement déductif. Dans un dispositif constitué par une cornue à long col recourbé contenant du mercure, et une cloche reposant sur un bain de mercure, une quantité déterminée d’air est enfermée. Le niveau est soigneusement repéré sur la cloche «avec une bande de papier collé». Le mercure est alors porté à ébullition; il ne se passe rien le premier jour. Des «parcelles rouges» apparaissent à la surface du mercure le deuxième jour et s’accroissent jusqu’au sixième. Pour s’assurer de la fin de la réaction, Lavoisier poursuit l’ébullition du mercure six autres jours, puis, après refroidissement, correction de température et de pression, le volume d’air résiduel est mesuré: il a diminué de 1/6 environ. Lavoisier étudie alors le résidu gazeux obtenu: «Les animaux qu’on y introduisait y périssaient en peu d’instants et les lumières s’y éteignaient sur-le-champ comme si on les eût plongées dans de l’eau.» La matière rouge recueillie à la surface du mercure est étudiée par ailleurs. Par calcination, il se dégage «un fluide élastique beaucoup plus propre que l’air de l’atmosphère à entretenir la combustion et la respiration des animaux». Les conclusions de Lavoisier sont d’une rigueur et d’une clarté qui forcent l’admiration si l’on tient compte des conditions matérielles de ses expériences: «L’air de l’atmosphère est composé de deux fluides élastiques de nature différente et pour ainsi dire opposée.» Après l’analyse et l’étude des parties, Lavoisier procède à la synthèse: «en recombinant les deux fluides élastiques obtenus séparément, c’est-à-dire 42 pouces cubiques de mofette ou air non respirable et 8 pouces cubiques d’air respirable, on reforme de l’air en tout point semblable à celui de l’atmosphère». Les résultats des analyses de Lavoisier le conduisent à penser que l’air atmosphérique contient 27 p. 100 d’oxygène, alors que la teneur réelle n’est que de 21 p. 100.

Les expériences de Lavoisier furent effectuées en 1777. Treize ans plus tard, Henry Cavendish étudie dans un eudiomètre l’effet des étincelles électriques sur de l’air suroxygéné, les oxydes d’azote formés étant absorbés par de l’eau savonneuse. Cavendish constate, après élimination de l’oxygène en excès, la présence d’un résidu non absorbable, ce qui constitue la première mise en évidence de l’argon et des gaz rares de l’air. Jusqu’à la fin du XIXe siècle, on distingue deux sortes d’azote, l’azote obtenu par la voie chimique, par décomposition du nitrite d’ammonium: NH422 + 2H2O, et l’azote atmosphérique, qui n’est, en fait, que de l’air désoxygéné. Sylvestre Leduc constate une différence de densité de 1/200 entre ces deux gaz. Finalement, William Ramsay met en évidence dans l’azote atmosphérique un résidu, non absorbable par le magnésium chauffé, alors que l’azote chimique est totalement transformé en nitrure Mg32. Ce résidu inerte représente l’ensemble des gaz rares. La composition réelle de ce mélange sera établie par distillation fractionnée, en 1898.

Aux constituants fondamentaux de l’air il faut ajouter un certain nombre de gaz, présents en quantités variables (tabl. 1). Le dioxyde de carbone intervient dans l’assimilation chlorophyllienne et résulte de diverses combustions; sa teneur est, au moins en partie, régulée par sa dissolution dans l’eau et par la présence d’énormes masses de calcaires à la surface du globe. Le protoxyde d’azote et l’ozone sont synthétisés dans la haute atmosphère, à une altitude supérieure à 25 kilomètres. L’énergie du rayonnement ultraviolet solaire est en grande partie absorbée par la couche d’ozone en participant à la réaction photochimique: 3O2 曆 23. Depuis 1979, on a mis en évidence une diminution préoccupante de cette couche: ce phénomène est lié à l’accroissement des rejets industriels, à l’utilisation d’aérosols et aux éruptions volcaniques.

La présence d’autres gaz dans l’air est occasionnelle : ce sont des impuretés; ils sont produits par des combustions (oxyde de carbone et anhydride sulfureux), ou des fermentations (hydrogène sulfuré, ammoniac et méthane). La teneur en eau est conditionnée par le climat et la saison: le degré hygrométrique est le rapport entre la tension de vapeur dans l’air considéré et la tension de vapeur saturante à la même température; il peut varier de 40 à 90 p. 100 au cours d’une même journée. À une altitude supérieure à 15 000 mètres, la composition est fonction de la densité des gaz: à 100 kilomètres de la surface terrestre l’air contient environ 95 p. 100 d’hydrogène, 1 p. 100 d’oxygène et 3 p. 100 d’azote.

L’air contient en outre des particules solides: poussières, grains de pollen, cristaux de chlorure de sodium au voisinage des mers, et toutes les mesures sont effectuées sur de l’air préalablement filtré.

Propriétés

Aristote ne parvint pas à peser l’air et les échecs se succédèrent jusqu’au XVIIe siècle. Galilée, interrogé sur l’impossibilité de pomper l’eau des puits à une hauteur de plus de 10 mètres, doit admettre que «la nature a une horreur modérée du vide», selon la théorie de l’époque. Evangelista Torricelli remplace l’eau par du mercure: la colonne n’est plus alors que de 76 centimètres, ce qui représente le même poids que 10 mètres d’eau. Il lui faut donc admettre que ce poids est équilibré par la pression de l’air, ou pression atmosphérique. Pascal pense que, si cette explication est la bonne, la colonne de liquide doit être moins haute en altitude puisque l’épaisseur de la couche d’air y est moins grande, ce que son beau-frère Florin Périer vérifie le 19 septembre 1648, entre Clermont-Ferrand et le sommet du puy de Dôme.

La masse volumique de l’air est fonction non seulement de la pression atmosphérique, mais aussi de la température et de l’humidité. Toutes ces variations ont leur importance pour la charge au décollage des avions.

L’air, et plus particulièrement l’air marin, humide et salin, est un agent physico-chimique très actif. La corrosion engendre la rouille sur les métaux ferreux, le vert-de-gris sur le cuivre, et ces métaux doivent être protégés par des revêtements de peinture, de vernis ou de métaux inoxydables.

De façon générale, l’air répond approximativement aux lois des gaz parfaits (tabl. 2). Il suit en particulier la loi de Boyle-Mariotte, sa pression à température constante étant inversement proportionnelle à son volume.

Applications

L’air, plus ou moins comprimé, est utilisé dans des moteurs légers, souples à employer, mais de faible rendement; c’est le cas de nombreux types de percuteurs ou foreurs pneumatiques. L’interposition d’une couche d’air entre un véhicule et le sol (aérotrain) ou l’eau (aéroglisseur) permet de réduire les forces de frottement et par suite d’accroître la vitesse et le confort. L’air comprimé est utilisé sous forme de jets d’air pour le nettoyage des machines et l’éjection des pièces terminées.

L’air liquide

L’air n’a pu être liquéfié avant que ne soient connues les pressions et températures critiques qui marquent les bornes théoriques au-delà desquelles un composé ne peut exister qu’à l’état gazeux. L’air étant un mélange, ces valeurs n’ont pas de sens strict; mais, en fait, à une température supérieure à 漣 140 0C, l’air n’est plus liquéfiable. Les premières gouttes d’air liquide ont été obtenues presque simultanément par Louis Paul Cailletet et Raoul Pierre Pictet en 1877, par détente brutale entre 300 et 1 atmosphère.

Le froid nécessaire à la liquéfaction industrielle de l’air est obtenu par détente en utilisant le phénomène de Joule-Thomson. L’abaissement de température provoqué par la détente est proportionnel à la différence entre les pressions initiale et finale. L’énergie dépensée au moment de la compression est proportionnelle au logarithme du rapport des pressions, ce qui signifie que la dépense est la même pour comprimer une masse de gaz de 1 à 10 atmosphères ou de 10 à 100; dans le premier cas, l’abaissement de température après la détente est dix fois plus faible que dans le second cas. Pratiquement, l’air est dépoussiéré, débarrassé de son gaz carbonique et de son humidité, comprimé vers 200 atmosphères, refroidi dans un échangeur, puis détendu jusqu’a 25 atmosphères. Une série de compressions et de détentes aboutit à la liquéfaction. Dans la plupart des usines, l’air liquide est immédiatement soumis à une distillation fractionnée qui sépare l’oxygène, l’azote et les gaz nobles. Les installations industrielles sont importantes et il n’est pas rare de voir traiter plusieurs centaines de milliers de mètres cubes d’air à l’heure.

L’oxygène sert essentiellement à la préparation de l’acier. Le remplacement de l’air par de l’oxygène pur, dans l’affinage des fontes, permet d’obtenir des produits plus homogènes et de qualité supérieure, pour une consommation de coke très inférieure.

L’azote, à l’état liquide, a trouvé de nombreux débouchés. Sa très basse température (face=F0019 漣 196 0C) en fait un fluide réfrigérant idéal. L’industrie alimentaire surgèle par immersion dans l’azote liquide; l’industrie spatiale l’utilise sous pression pour des essais de contrôle des éléments de fusée; les chambres de simulation d’ambiance spatiale sont constituées d’enceintes à double paroi entre lesquelles circule de l’azote liquide; certains métaux ou alliages oxydables sont protégés de la corrosion par une surpression d’azote stocké à l’état liquide.

L’air liquide enrichi en oxygène sert à la préparation d’explosifs. L’air liquide et les gaz qui en sont extraits circulent dans des «oxyducs», des camions et des wagons-citernes, entre l’usine liquéfactrice et les centres consommateurs.

1. air [ ɛr ] n. m.
• 1119; lat. aer aéro-
1Cour. Fluide gazeux constituant l'atmosphère, que respirent les êtres vivants. « respirant à pleine poitrine le bon air vif et piquant » (Loti). L'air de la mer, de la campagne. L'air marin. « se griser d'air pur » (Renard). Un bol d'air. Le fond de l'air. À l'air libre. « l'air vicié de la chambre » (Martin du Gard). On manque d'air ici. Donner de l'air : aérer. Air conditionné, climatisé. Loc. PRENDRE L'AIR : sortir de chez soi, aller se promener. Elle est allée prendre l'air. CHANGER D'AIR : aller dans un lieu où règne un autre climat. Le médecin lui a recommandé de changer d'air. Vivre de l'air du temps : être sans ressources. Ce gaillard-là « ne vivait pas de l'air du temps » (Zola). Fam. NE PAS MANQUER D'AIR : avoir de l'aplomb. Tu ne manques pas d'air ! (cf. Tu es gonflé). Tu me pompes l'air. À L'AIR : non recouvert. Se promener les fesses à l'air, nues. — (Considéré dans ses mouvements) Pas un souffle d'air. « Une bouffée d'air brûlant s'échappa de l'ouverture » (Gautier). Courant d'air. « Un courant d'air traversa la salle » (Martin du Gard ). Déplacement d'air, de masses d'air. Trou d'air.
Phys., chim. Mélange gazeux de composition constante à l'état pur (en volume, 21 % d'oxygène, 78 % d'azote, 1 % d'argon et autres gaz rares), souvent chargé d'impuretés (vapeur d'eau, gaz carbonique, ozone, etc.), inodore, incolore et transparent sous une faible épaisseur. Analyse volumétrique de l'air (par l'eudiomètre, le phosphore à froid). Couche d'air atmosphérique. atmosphère. État hygrométrique de l'air. Pesanteur de l'air. pression (atmosphérique). Air comprimé. Air liquide. Techn. Coussin d'air : couche d'air insufflée à la base d'un véhicule terrestre ( aérotrain) ou marin ( aéroglisseur, naviplane) , et qui lui permet de se maintenir au-dessus du sol ou de l'eau.
2Ce fluide en mouvement. vent. Il y a, il fait de l'air aujourd'hui. En plein air : dans le vent, au-dehors. Sports de plein air. Loc. Être libre comme l'air, libre de ses mouvements, sans aucune sujétion.
3Espace rempli par ce fluide au-dessus de la terre. ciel. Fendre l'air. S'élever dans l'air, dans les airs. Descendre du haut des airs. Poét. Les habitants de l'air : les oiseaux. Génies de l'air : elfes, sylphes, etc. Loc. fam. (1857; d'une opérette où une sylphide s'évapore) Jouer la fille de l'air : disparaître, s'enfuir.
Aviat. La conquête de l'air. L'avion a pris l'air, a décollé. Baptême de l'air. Transports par air, par voie aérienne. Armée de l'air : ensemble des forces aériennes militaires. Missile air-air, air-mer, air-sol, tiré d'un engin aérien sur une cible aérienne, maritime, terrestre. — Par ext. Aviation, transports aériens. Ministère de l'Air. École de l'air. Hôtesse de l'air. Mal de l'air. Médecine de l'air. Pirates de l'air.
4Loc. adv. EN L'AIR : en haut, vers le ciel. Regarder en l'air. Le nez en l'air. Mettez les bras en l'air ( 1. lever) . Les mains en l'air ! (cf. Haut les mains). Tirer en l'air. Loc. Partie de jambes en l'air. S'envoyer en l'air.
Par ext. Loin de soi. Je vais envoyer, flanquer tout ça en l'air (cf. Envoyer promener). (Sujet chose) Ça va tout fiche en l'air, tout faire échouer. Le ministère est en l'air, renversé. — En désordre, sens dessus dessous. Il a tout mis en l'air en cherchant ce papier. déranger .
Fig. Adjt Loin des réalités. « Des contes en l'air » (Molière). Paroles, promesses en l'air, peu sérieuses, sans fondement. — Une tête en l'air : un étourdi (cf. Dans les nuages). Adjt Il est vraiment tête en l'air !
5Fig. Atmosphère, ambiance. Prendre l'air du bureau, s'informer de ce qui s'y passe, de l'état d'esprit qui y règne. Il y a de l'orage dans l'air. Il y a qqch. dans l'air : il va se passer qqch. « Il y avait de la bagarre dans l'air » (Martin du Gard). L'air du temps : les idées, les manières d'une époque. Être dans l'air : être en préparation, commencer à être senti, à se répandre. Ces idées « étaient dans l'air » (Renan).
Champ, espace libre. Se donner de l'air : se libérer de certaines contraintes. Il faudrait mettre un peu d'air dans ce tableau, un peu d'espace entre les objets, les dégager, distinguer les plans. ⇒ aérer.
⊗ HOM. Aire, ère, ers, haire, hère, 1. r. air 2. air [ ɛr ] n. m.
• 1580; ext. de l'emploi fig. « atmosphère, ambiance » de 1. air
1Apparence générale habituelle à une personne. allure, façon, genre. Loc. Avoir (un) grand air, de la distinction, de la noblesse. « La duchesse de Bourgogne avait un grand air » (Voltaire). Prendre de grands airs : faire l'important, le grand seigneur. Vx Le bel air : les manières du beau monde. Avoir bon air (vieilli), l'air comme il faut. Il a un drôle d'air. Il y a entre eux un air de famille. Avoir un faux air de qqn, une vague ressemblance.
2Apparence expressive plus ou moins durable, manifestée par le visage, la voix, les gestes, etc. expression, 1. mine. Avoir, prendre un air étonné. « Cet air pincé de la bouche lui donne un petit air sucré » (Diderot). « des clignements d'yeux, des airs entendus » (A. Daudet). Des airs penchés. « Un petit air de doute et de mélancolie » (Musset).
3 ♦ AVOIR L'AIR : présenter tel aspect. De quoi ai-je l'air dans cette tenue ? « Vraiment on a l'air d'un laquais et non pas d'un amant » (Banville).
(Suivi d'un adj. et entraînant ou non l'accord de l'attribut) paraître. « Elle avait l'air hardi et content d'elle-même » (Sand). « Tous ont l'air triste » (Flaubert). Elle avait l'air surprise. « Tu as l'air bien sérieuse » (Colette). « Ils m'avaient l'air terriblement hardis » (France),ils me paraissaient. — (Choses) « Leur vitesse n'avait pas l'air excessive » (Flaubert). Ça n'a pas l'air facile.
(Avec de et l'inf.) sembler. Tu as l'air de me le reprocher. Les « minarets qui ont l'air de pointer vers les étoiles » (Loti). Fam. Ça m'a tout l'air d'être fermé; ça m'en a tout l'air.
N'avoir l'air de rien : avoir l'air insignifiant, sans valeur, facile (mais être réellement tout autre chose). « Du dehors, la maison n'avait l'air de rien » (A. Daudet). C'est un travail qui n'a l'air de rien, mais qui demande de la patience. (Personnes) Sans avoir l'air de rien, sans avoir l'air d'y toucher : discrètement (cf. Mine de rien).
air 3. air [ ɛr ] n. m.
• 1578; it. aria, ext. du sens de « manière »; cf. all. Weise
1Morceau de musique composé pour une voix, accompagné de paroles. mélodie. Il faut « que l'air soit accommodé aux paroles » (Molière). Fredonner, siffler l'air d'une chanson à la mode. Air classique. 2. aria. Un air d'opéra. Le grand air de la Tosca. Loc. prov. L'air ne fait pas la chanson : on ne doit pas juger les gens sur l'apparence. C'est l'air qui fait la chanson : c'est le ton qui donne un sens aux paroles. Loc. En avoir l'air et la chanson : être réellement ce que l'on paraît.
2Chant, chanson (musique et paroles à la fois). Des airs à boire, bachiques. Airs d'autrefois, vieux airs des provinces françaises. Sur l'air des lampions.
3Partie, de style mélodique, d'une composition vocale et instrumentale, ou purement instrumentale. Air de danse. Variations sur un air. cantate, concert, opéra, oratorio, récitatif, suite.

air nom masculin (latin aer, du grec aêr) Fluide gazeux composé, constituant l'atmosphère terrestre : Inspiration, expiration de l'air par les poumons. Air de la campagne, des grandes villes. Ce fluide en tant qu'il se déplace, qu'il est agité de divers mouvements ; vent, brise : Chaleur étouffante, sans un souffle d'air. Atmosphère, ambiance d'un milieu humain, climat psychologique, etc. : Respirer l'air du pays natal.air (citations) nom masculin (latin aer, du grec aêr) Théodore Agrippa d'Aubigné près de Pons, Saintonge, 1552-Genève 1630 L'air n'est plus que rayons tant il est semé d'anges. Les Tragiques Paul Déroulède Paris 1846-Nice 1914 L'air est pur, la route est large, Le clairon sonne la charge. Les Chants du soldat Calmann-Lévy Charles Marie Leconte de Lisle Saint-Paul, la Réunion, 1818-Louveciennes 1894 Académie française, 1886 Il s'enlève en fouettant l'âpre neige des Andes, Dans un cri rauque il monte où n'atteint pas le vent, Et loin du globe noir, loin de l'astre vivant, Il dort dans l'air glacé, les ailes toutes grandes. Poèmes barbares, le Sommeil du condor Jules Renard Châlons, Mayenne, 1864-Paris 1910 Tel qui veut se griser d'air pur, s'enivrer sur les hauteurs, n'arrive qu'à s'enrhumer. Journal, 26 septembre 1908 Gallimardair (expressions) nom masculin (latin aer, du grec aêr) L'air, les airs, l'espace occupé par l'atmosphère au-dessus du sol terrestre, où se meuvent les oiseaux, les aéronefs, des engins ou des projectiles divers : S'élever dans les airs. De l'air, se dit des activités, des institutions qui ont trait à l'aviation, à la navigation aérienne, aux transports aériens : Musée de l'Air. À l'air, à découvert ou exposé à l'extérieur, au-dehors. À l'air libre, hors d'un lieu fermé. Changer d'air, aller ailleurs, sous un autre climat plus bénéfique ; familier, quitter quelqu'un, un lieu, une situation qui pèse, et aller vivre ailleurs. Dans l'air, qui est latent, sur le point de se répandre dans le public, ou qui est imminent, sur le point de se produire : Cette idée est dans l'air. Populaire. De l'air !, déguerpissez ! Donner de l'air à quelque chose, l'aérer. En l'air, vers le haut, dans la direction opposée au sol ; sans appui au sol. En, au, de plein air, au-dehors, à l'extérieur des maisons, et en particulier dans des espaces verts ou à l'extérieur des villes. Être en l'air, mettre quelque chose en l'air, être, mettre en désordre, sens dessus dessous. Populaire. Ficher (ou fiche), flanquer, foutre quelque chose en l'air, jeter un objet, s'en débarrasser ; renoncer à une activité, la laisser tomber ; abîmer, détériorer quelque chose ; faire échouer une entreprise, un projet. Le grand air, lieu où l'air est pur. Populaire. Jouer la fille de l'air, prendre la fuite, disparaître discrètement ou s'évader. Libre comme l'air, entièrement libre. Populaire. Ne pas manquer d'air, avoir du toupet. Parler en l'air, avec légèreté, sans informations précises. Paroles, promesses, etc., en l'air, qui n'ont aucun caractère sérieux, aucune valeur. Prendre l'air, sortir, aller se promener au-dehors ; décoller, s'envoler, en parlant d'un avion. Familier. Remuer de l'air, se faire remarquer, attirer l'attention sur soi. Populaire. S'envoyer en l'air, s'offrir un moment de plaisir, par l'amour, la drogue, etc. Vivre de l'air du temps, subsister sans ressources régulières. Missile air-air, missile antiaérien lancé d'un aéronef. Missile air-sol, missile tactique lancé d'un aéronef sur un objectif terrestre limité (par exemple un char). Missile air-surface, missile tactique ou stratégique lancé d'un aéronef sur un objectif terrestre ou maritime. En l'air, indique que le pas s'exécute en quittant le sol, par opposition à à terre. Montage en l'air, sur un tour, procédé de fixation d'une pièce, consistant à en serrer une extrémité dans le mandrin, l'autre étant libre. Médecine de l'air, étude des problèmes biologiques et physiologiques posés par le vol en haute altitude et par la protection de la santé des personnels navigants. (Elle s'étend aujourd'hui aux problèmes posés par les vols spatiaux.) Armée de l'air, ensemble des forces aériennes militaires françaises, hormis l'aviation légère de l'armée de terre (A.L.A.T.) et l'aéronautique navale. Mal de l'air, ensemble de troubles qui apparaissent chez certains sujets au cours du vol en avion. Air humide, air réel, contenant de la vapeur d'eau, par opposition à l'air sec dont celle-ci est absente. Air comprimé, air dont on a diminué le volume par compression, pour en augmenter la pression, en vue de son utilisation lors de sa détente. ● air (homonymes) nom masculin (latin aer, du grec aêr) aire nom féminin aire forme conjuguée du verbe airer airent forme conjuguée du verbe airer aires forme conjuguée du verbe airer ère nom féminin erre nom féminin erre forme conjuguée du verbe errer errent forme conjuguée du verbe errer erres forme conjuguée du verbe errer ers nom masculin haire nom féminin hère nom masculin r nom masculin invariableair (synonymes) nom masculin (latin aer, du grec aêr) Fluide gazeux composé, constituant l'atmosphère terrestre
Synonymes :
- éther
Ce fluide en tant qu'il se déplace, qu'il est agité...
Synonymes :
Médecine. Médecine de l'air
Synonymes :
- médecine aéronautique
air nom masculin (de air) Aspect extérieur, allure, présentation de quelqu'un, donnant une indication générale sur sa personnalité ; expression de son visage, ton, traduisant sa disposition d'esprit : Un air important, insignifiant. Avoir un air de bonté, un air attentif. Apparence extérieure de quelque chose : Des édifices à l'air vétuste.air nom masculin (italien aria) Mélodie vocale ou instrumentale, plus spécialement susceptible d'être chantée. Mélodie et paroles, tout ensemble : Air d'opéra.air (difficultés) nom masculin (de air) Accord Avoir l'air (+ adjectif). 1. Avoir l'air, sujet nom de chose. L'adjectif qui suit avoir l'air s'accorde avec le sujet. Les projets ont l'air bien conçus. Cette laitue a l'air fraîche. 2. Avoir l'air, sujet nom de personne. Si air n'est pas déterminé par un complément, l'accord se fait le plus souvent avec le sujet de avoir. Elle a l'air sérieuse (= elle paraît sérieuse). Remarque L'accord avec air, moins fréquent, n'est pas incorrect : elle a l'air sérieux (= son air est sérieux, elle a un air, un aspect sérieux). Avoir l'air (+ complément). Si air est déterminé par un complément, l'adjectif s'accorde obligatoirement avec air. Elle a l'air sérieux d'une femme d'affaires. ● air (expressions) nom masculin (de air) Avoir l'air + attribut, avoir l'air de + infinitif, présenter telle apparence, paraître ; donner l'impression de, sembler, laisser supposer que : Avoir l'air irrité. Ce tissu a l'air de résister au lavage. (L'accord de l'adjectif attribut se fait avec le sujet quand il s'agit de nom de choses : Cette poire a l'air bonne ; avec le sujet ou avec air s'il s'agit de noms de personnes : Elle a l'air intelligent [e].) Avoir l'air de quelqu'un, de quelque chose, donner l'impression d'être quelqu'un, quelque chose d'autre ; ressembler à : Le gardien a l'air d'un ancien militaire. Air de famille, de parenté, une vague ressemblance. Airs de manège, exercices de haute école qu'un écuyer apprend à son cheval. (On distingue les airs bas et les airs relevés ou sauts d'école.) (Avoir) bon air, bel air, une bonne apparence, un bel aspect. Avoir grand air, avoir de la distinction, de la prestance. Avoir mauvais air, avoir une allure inquiétante, un genre peu recommandable. Avoir tout l'air de, en avoir tout l'air, être très probablement telle chose. Des airs, des grands airs, des airs de grandeur, une attitude hautaine, des manières arrogantes. N'avoir l'air de rien, ne rien laisser paraître de ce qu'on fait ou est capable de faire ; être plus important, plus difficile qu'il n'y paraît. Sans en avoir l'air, en dépit des apparences, de ce qu'on pourrait croire. ● air (homonymes) nom masculin (de air) aire nom féminin aire forme conjuguée du verbe airer airent forme conjuguée du verbe airer aires forme conjuguée du verbe airer ère nom féminin erre nom féminin erre forme conjuguée du verbe errer errent forme conjuguée du verbe errer erres forme conjuguée du verbe errer ers nom masculin haire nom féminin hère nom masculin r nom masculin invariableair (synonymes) nom masculin (de air) Aspect extérieur, allure, présentation de quelqu'un, donnant une indication générale...
Synonymes :
- extérieur
- façon
- manière
Apparence extérieure de quelque chose
Synonymes :
- extérieur
air (citations) nom masculin (italien aria) Marcel Proust Paris 1871-Paris 1922 Chez un écrivain, quand on tient l'air les paroles viennent bien vite. Contre Sainte-Beuve Gallimardair (expressions) nom masculin (italien aria) Familier. C'est l'air qui fait la chanson, c'est le ton qui donne leur vrai sens aux paroles. Familier. En avoir l'air et la chanson, être réellement ce qu'on paraît. ● air (homonymes) nom masculin (italien aria) aire nom féminin aire forme conjuguée du verbe airer airent forme conjuguée du verbe airer aires forme conjuguée du verbe airer ère nom féminin erre nom féminin erre forme conjuguée du verbe errer errent forme conjuguée du verbe errer erres forme conjuguée du verbe errer ers nom masculin haire nom féminin hère nom masculin r nom masculin invariable

Aïr
massif montagneux du Sahara mérid., situé au Niger, culminant à 1 944 m (mont Gréboun). Gisement d'uranium, mines d'étain et de tungstène près d'Arlit.

I.
⇒AIR1, subst. masc.
I.— Fluide gazeux, invisible, inodore, pesant, compressible et élastique, qui entoure le globe terrestre et dont la masse forme l'atmosphère; un des quatre éléments de la physique ancienne.
A.— Gén. au sing. L'air en tant que milieu naturel.
1. L'air en tant qu'il est respiré :
1. ... j'ai respiré ces airs tièdes et énergiques des vagues et des glaciers; rien n'a pu me rendre cette jeunesse flétrie dans mon cœur, bien que sur ma figure elle trompe encore quelquefois mes propres yeux.
A. DE LAMARTINE, Raphaël, 1849, p. 174.
2. L'air agit chimiquement sur le contenu de la graine et le rend propre à servir de nourriture première à la plante. Toute graine enfouie trop profondément est privée du contact de l'air, elle pourrit et ne germe pas. Les graines doivent être assez recouvertes pour être maintenues humides, et assez peu pour rester sous l'influence de l'air.
GRESSENT, Traité complet de la création des parcs et des jardins, 1891, p. 694.
3. Ces cellules se laissent traverser par l'oxygène de l'air, et par l'acide carbonique du sang veineux (...) L'air atmosphérique, avant de les atteindre, traverse le nez, l'arrière-gorge, le larynx, la trachée, et les bronches où il s'humidifie et se débarrasse des poussières et des microbes qu'il transporte avec lui. Mais cette protection naturelle est devenue insuffisante depuis que l'air des villes a été pollué par les poussières du charbon, les vapeurs d'essence, et les bactéries libérées par la foule des êtres humains.
A. CARREL, L'Homme, cet inconnu, 1935, p. 78.
Rem. Syntagmes fréq. un air automnal, brumeux, chaud, débilitant, empesté, ensoleillé, frais, froid, glacé, humide, impur, insalubre, irrespirable, limpide, lumineux, malsain, marécageux, marin, maritime, moite, nauséabond, pestilentiel, pluvieux, pollué, printanier, pur, rafraîchi, raréfié, sain, salin, salubre, vicié, vif, vivifiant, volcanique... (L'adj. est toujours postposé sauf dans qq. syntagmes comme bon air, grand air, mauvais air); l'air de la campagne, des champs, des cimes, de cristal, du jour, du matin, de la mer, des montagnes, de la nuit, du soir...; la douceur, la griserie, l'inclémence, la langueur, la limpidité, la moiteur, la pureté, la salubrité de l'air ...; l'action, l'altération, la décomposition, l'exhalaison, l'expiration, l'insufflation, l'ionisation, la pesanteur, la pression, la respiration de l'air ...; aspirer, exhaler, expirer, expulser, insuffler de l'air, manquer d'air, renouveler l'air ...; le volume d'air; l'air se dilate, se réchauffe...
Locutions
a) Le bon air. L'air pur et sain :
4. — Il ne faudra pas travailler aujourd'hui, chéri... Nous prendrons un jour de vacance, au bon air... Ça te remettra... Veux-tu?
R. MARTIN DU GARD, Devenir, 1909, p. 115.
P. oppos. Air confiné. ,,L'air des enceintes dans lesquelles séjournent des êtres vivants, et qui se trouve par conséquent plus ou moins vicié.`` (LITTRÉ).
b) Prendre, aspirer un(e) bol(ée) d'air, faire une cure d'air. Aller dans un lieu où l'air a une valeur curative :
5. Malgré la gêne monétaire où vivait le ménage, Mme Méridier trouva le moyen de fournir à la petite Jacqueline la cure d'air à la montagne dont elle avait besoin.
J. MALÈGUE, Augustin ou le Maître est là, t. 1, 1933, p. 193.
c) Littér. D'air. Léger, transparent. L'air en tant que transparent et interprété comme symbole de l'inconsistance, voire de l'inexistence d'une chose :
6. Ce que vous me dites des toilettes modernes me réjouit. Je me prépare à voir nos belles dames habillées d'air. Ainsi s'habillait une princesse de Kandahar, à qui son père reprochait d'être trop décolletée.
P. MÉRIMÉE, Lettres à Madame de Beaulaincourt, 1870, p. 42.
7. Il [un homme] m'a si peu sentie, si peu devinée, que j'ai eu l'impression d'être (...) le fantôme d'air qu'il allait traverser.
COLETTE, L'Entrave, 1913, p. 2.
2. L'air en tant qu'il circule et se meut autour des hommes et des choses (air a un sens voisin de vent) :
8. ... il se croyait à la campagne; et un rhume de cerveau lui apporta, comme un « coup d'air » pris dans un wagon où la glace ferme mal, l'impression délicieuse qu'il avait vu du pays; ...
M. PROUST, À la recherche du temps perdu, Le Côté de Guermantes 1, 1920, pp. 9-10.
9. La brume monte peu à peu au flanc des pâturages, jusqu'à ce que la lente oscillation de l'air la repousse à mi-côte.
G. BERNANOS, Monsieur Ouine, 1943, p. 1471.
Rem. Syntagmes fréq. appel, bouffée, chasse, coup, courant, déplacement, filet, onde, retour, ride, souffle, vague, vibration d'air...; caresse, morsure, mouvement, roulis, tremblement de l'air...
Locutions
a) MAR. Air de vent (cf. aire de vent).
b) Se mettre entre deux airs. Se mettre dans un courant d'air :
10. — Mon cher maréchal! cria-t-elle en l'accompagnant au perron, levez les glaces, ne vous mettez pas entre deux airs, faites cela pour moi!...
H. DE BALZAC, La Cousine Bette, 1846, p. 301.
c) Donner de l'air. Aérer absol. : de l'air. S'emploie pour réclamer l'aération d'une pièce, d'un appartement, d'un local quelconque :
11. DONA LUCREZIA, éperdue. — On étouffe ici! De l'air! De l'air! J'ai besoin de respirer un peu!
V. HUGO, Lucrèce Borgia, 1833, II, part. 1, 3, p. 89.
d) Se donner de l'air :
12. Elle dut écarter le haut de sa robe pour se donner de l'air.
H. POURRAT, Gaspard des montagnes, À la belle bergère, 1925, p. 122.
e) Fam. Le fond de l'air :
13. Il s'indignait ou se gaussait d'expressions comme : « le fond de l'air ». Qu'y faire? L'expression a raison contre lui; elle exprime excellemment ce qu'elle a mission d'exprimer; et, lorsque sa mère lui disait : « Mon enfant, couvre-toi; le fond de l'air est froid », elle entendait par là qu'il ne se fallait point fier à la température des endroits abrités où le soleil avait pu quelque peu tiédir l'air, mais qu'en lieux découverts où, dès qu'un souffle s'élevait, etc... En trente mots je parviens mal à exprimer ce que raconte si simplement cette banale phrase.
A. GIDE, Journal, 1910, p. 311.
f) Vx. Un air de feu. Souffle d'air chaud près du feu :
14. Nous pendant ce temps, nous n'étions pas là, nous étions restés dehors à nous chauffer avec les gens de peu, un petit air de feu ne fait pas mal par ces temps humides et frissonnants du mois de mars.
P. CLAUDEL, Un Poète regarde la Croix, 1938, p. 37.
g) Proverbialement, p. compar. Être libre comme l'air. Être libre d'aller où l'on désire, de faire ce que l'on veut sans entrave, sans rien qui retienne :
15. Mais, en vérité, ce n'est pas là votre situation, vous n'êtes pas prisonnier, par Dieu! Vous êtes libre comme l'air.
A. DE VIGNY, Servitude et grandeur militaires, 1835, p. 159.
3. L'air en tant qu'élément extérieur aux habitations.
Loc. fréq.
a) (Exposé) à l'air (p. oppos. à enfermé, recouvert ...) :
16. Elle était dorée comme le blé mûr, fonçant à la nuque, aux reins, aux aisselles, couleur de brique aux bras et aux jambes, si souvent exposés à l'air, couleur de feu sur l'étroit rectangle décolleté par sa tunique de sport et qui avait reçu, comme son nez, un coup de soleil.
H. DE MONTHERLANT, Le Songe, 1922, pp. 43-44.
b) Vivre à l'air. Vivre au sein de la nature :
17. Presque nu, sans sabots, avec un morceau de pain noir, il garde une vache ou des oies, il vit à l'air, il joue. Les travaux agricoles auxquels on l'associe peu à peu, ne font que le fortifier.
J. MICHELET, Le Peuple, 1846, p. 92.
c) À l'air libre (var. dans l'air libre, en air libre). Être, sortir à l'air libre. Être dehors, généralement après avoir été enfermé :
18. Pourtant je suffoquais un peu, habitué que j'étais, je l'ai dit, à ne me sentir bien qu'en air libre, oppressé par l'atmosphère factice de ce lieu.
A. GIDE, Thésée, 1946, p. 1439.
d) Prendre l'air. Sortir hors de chez soi, aller se promener. Se dit aussi de substances qui ont été altérées par le contact avec l'air :
19. Voilà! Je comptais cet été sur un peu d'argent pour prendre l'air.
G. FLAUBERT, Correspondance, 1861, p. 456.
e) Le grand air. S'emploie surtout dans les expr. Vivre au grand air, aller au grand air. Vivre dehors, au contact de la nature, là où l'air est supposé pur et vivifiant :
20. Parmi toutes ces figures brunes, hâlées par le grand air et le soleil, sa figure était la plus brune et la plus hâlée; ses vêtements montraient de nombreuses cicatrices; un plan de son gilet de laine déchiré lui retombait sur l'épaule; des mocassins avaient remplacé ses bottes de printemps.
L. HÉMON, Maria Chapdelaine, 1916, p. 84.
f) Au plein air, en plein air. Au sein de la nature, hors d'une habitation :
21. Hélas! Le malheureux n'a jamais en d'enfance;
Il n'a pas grandi libre et joyeux en plein air,
Au murmure des pins, sur le bord de la mer; ...
A. BRIZEUX, Marie, 1840, p. 12.
Emploi subst. Le plein-air. Lieu où l'on pratique un sport en plein air :
22. Je ferme les yeux et tout cela reprend vie, ce petit matin percé de bruine, cette solitude, ce silence, cette fille qui n'était plus fraîche courant dans ce plein-air désolé.
H. DE MONTHERLANT, Les Olympiques, 1924, p. 286.
Néol. Sports qui sont pratiqués en plein air. Une séance de plein air.
MUS. Orchestre de plein air, musique de plein air :
23. Nota. La prétention de substituer l'Harmonie à l'orchestre symphonique est loin de notre pensée. (...) Mais qu'il nous soit permis d'affirmer qu'un orchestre de plein air comme celui que nous préconisons peut produire une impression profonde sur un auditoire non prévenu.
T. DUREAU, Instrumentation et orchestration, 1905, p. 7.
PEINT. École de peinture :
24. Depuis le salon des refusés, l'école du plein air s'était élargie, toute une influence croissante se faisait sentir; malheureusement, les efforts s'éparpillaient, les nouvelles recrues se contentaient d'ébauches, d'impressions bâclées en trois coups de pinceau; et l'on attendait l'homme de génie nécessaire, celui qui incarnerait la formule en chefs-d'œuvre.
É. ZOLA, L'Œuvre, 1886, p. 213.
B.— L'air en tant qu'espace au-dessus du niveau du sol.
1. En l'air :
25. On ne la fait pas, la guerre aux femmes, aux enfants? Vous ne le savez pas, qu'il en crève de faim et de froid des milliers tous les jours, là-bas? C'est plus loyal, peut-être, que de foutre un paquebot la quille en l'air?
M. VAN DER MEERSCH, Invasion 14, 1935, p. 320.
Rem. Assoc. les plus fréq. jeter, regarder, sauter, tirer en l'air...
CHORÉGR. Dégagé en l'air.
TOURNAGE. Tour en l'air, tournage en l'air.
2. Lieu où volent les oiseaux et autres volatiles :
26. Des grives que le vent d'est amenait, des oiseaux de passage qui émigraient du nord au sud, traversaient l'air au-dessus du village et s'appelaient constamment, comme des voyageurs de nuit.
E. FROMENTIN, Dominique, 1863, p. 10.
27. Et ce fut le soleil : la lumière qui donne tant d'aise au cœur, la belle lumière emplissant la lande, et là-haut les campagnes de l'air où se jouaient deux aigles.
H. POURRAT, Gaspard des montagnes, Le Pavillon des amourettes, 1930, p. 250.
3. AVIATION
a) Espace aérien. Conquête de l'air, transport par air :
28. Une telle beauté d'héroïsme rayonnait du poète infirme, quand il évoquait les victoires de l'esprit, devancières d'autres victoires, la conquête de l'air, le « dieu volant » qui soulevait les foules et comme l'étoile de Bethléem, les entraînait à sa suite, extasiées, vers quels lointains espaces ou quelles revanches prochaines!
R. ROLLAND, Jean-Christophe, La Nouvelle journée, 1912, p. 1492.
Prendre l'air. Décoller :
29. Aucun avion de Vichy n'avait pris l'air jusqu'au milieu de la journée.
Ch. DE GAULLE, Mémoires de guerre, L'Appel, 1954, pp. 105-106.
Par l'air, (par les airs), ou de préférence par air. Par la voie des airs :
30. De telles bombes pourraient cependant se révéler trop lourdes pour le transport par air.
B. GOLDSCHMIDT, L'Aventure atomique, 1962, p. 32.
Trou d'air. Espace où, passagèrement, l'air est moins dense :
31. Un remous ou un trou d'air précipita l'oiseau de toile.
ALAIN, Propos, 1931, p. 1035.
Mal de l'air. Malaises (nausées, vomissements, etc.) qui se manifestent chez certains passagers lorsqu'un avion est secoué par des mouvements analogues à ceux qui produisent le mal de mer.
Médecine de l'air. Partie de la médecine qui étudie les problèmes biologiques posés par le vol.
b) P. méton. Ministère de l'air, Armée de l'air, École de l'air, hôtesse de l'air.
Rem. 1. Syntagmes fréq. nappe d'air...; fendre l'air, les airs; flotter, planer, tournoyer, voler, voltiger dans l'air, dans les airs. 2. Le plur. les airs est littér. :
32. Ainsi quand deux esprits, errants au sein des airs,
Ont vomi la tempête et soulevé les mers (...),
Tranquilles au-dessus et des vents et des flots,
Sur leur char nébuleux ils goûtent le repos.
P.-M.-F.-L. BAOUR-LORMIAN, Ossian, La Bataille de Témora, 1827, p. 168.
33. Le garde sourit, et, semblable à une flèche aiguë décochée d'un arc mogol, notre homme fendit de nouveau les airs en rasant les boutiques.
A. DE MUSSET, « Le Temps » en 1830 et 1831, 1831, p. 60.
4. L'air en tant qu'il amortit. Coussin d'air, matelas d'air, boudin d'air :
34. Les salves venaient de loin, étouffées, à cause des murs, du matelas d'air; entre elles et moi, la nuit, il y avait ce petit chahut de cuivre à droite, à gauche, tout autour. Mon vieux, je sentais l'étendue de la prison à l'éloignement du son des sous.
A. MALRAUX, L'Espoir, 1937, p. 624.
C.— Au sing., SC. et TECHN.
1. [Accompagné d'un adj. déterminatif]
a) Vx. Air sert à désigner divers gaz particuliers. Air fixe (gaz carbonique), air inflammable (hydrogène), air méphitique (azote), air vital, air pur ou déphlogistiqué (oxygène).
b) Air sert à désigner l'air obtenu après diverses transformations industrielles.
Air brûlé. Air ayant passé sur les foyers de combustion.
Air comprimé :
35. ... la seule préparation de l'air comprimé destiné à la transmission de force se traduit, dans les conditions ordinaires de l'industrie minière, par une perte initiale d'un tiers de l'énergie motrice...
J.-N. HATON DE LA GOUPILLIÈRE, Cours d'exploitation des mines, 1905, p. 531.
36. Les autobus démarraient plus vite, grimpaient mieux les côtes, fréquentes en cette ville de collines. Les tramways électriques, les derniers tramways à air comprimé ou à vapeur trouvaient devant eux de longs morceaux de voie libre.
J. ROMAINS, Les Hommes de bonne volonté, Le 6 octobre, 1932, p. 204.
Air inactif :
37. ... pour cela on y fait le vide, et on laisse ensuite rentrer de l'air inactif séché et filtré.
Mme P. CURIE, Traité de radioactivité, t. 1, 1910, p. 287.
Air liquide. Liquide bleu pâle obtenu en liquéfiant l'air et contenant principalement de l'oxygène liquide et de l'azote liquide.
Air ozoné ou ozone :
38. La préparation industrielle de l'ozone, ou mieux de l'air ozoné, s'effectue exclusivement par l'action de l'effluve; ...
Ch.-A. WURTZ, Dict. de chimie pure et appliquée, 2e suppl., t. 3, 1892-1908, p. 439.
Air secondaire :
39. Il est [le jour] chauffé par combustion de gaz de gazogènes dans de l'air secondaire réchauffé à 700° dans des appareils Cowper.
L. GUILLET, Traité de métallurgie générale, 1923, p. 14.
Rem. 1. Parfois air est suivi d'un compl. de n. introd. par la prép. de, qui spécifie la fonction industrielle de l'air. Mécan. air d'injection... :
40. ... il faut que l'air de balayage introduit dans le cylindre [du moteur] agisse (...) à la manière d'un piston qui refoule devant lui les gaz...
P. DUMANOIS, Moteurs à combustion interne, 1924, p. 230.
Rem. 2. Théâtre, bande d'air :
41. On appelle bande d'air, plafond ou frise ces parties de décor qui réunissent à chaque plan les extrémités supérieures des châssis et qui sont destinées à arrêter les regards du spectateur.
G. MOYNET, La Machinerie théâtrale, Trucs et décors, 1893, p. 67.
2. [Comme compl. de n.]
a) Air sert à former des syntagmes désignant des engins fonctionnant à l'aide de l'air (prép. à).
MÉD. Dans le fonctionnement d'instruments de chirurgie ou dans les pansements faits aux malades :
42. Gynécologie (...) Pessaire à air de Gariel.
COLLIN, Catalogue d'instruments de chirurgie, 1935, p. 295.
MUS. Dans la construction et le fonctionnement d'instruments de musique :
43. ... harmoniums (...) à air refoulé (à la française) ...
Catalogue Kasriel (musique), 1936, p. 3.
Rem. 1. Autres syntagmes bateau à air; chambre à air; cloche à air; condensateur à air; écluse à air; insufflateur à air chaud; machine frigorifique à air; manomètre à air; pompe à air; sas à air; thermomètre à air; carabine, émulseur, locomotive, manomètre, moteur, pilon, pistolet, traction à air comprimé... 2. Lorsque air est déterminé par l'art. le, la prép. est normalement par :
44. ... on a (...) dans une partie de l'étuve un chauffage par l'air, et, dans l'autre partie, un chauffage par la fumée.
L. SER, Traité de physique industrielle, t. 2, 1890, p. 433.
b) Air sert à former des syntagmes désignant des appareils ayant pour objet de traiter l'air (prép. de). Aspirateur d'air, chambre d'air, cloche d'air, éjecteur d'air.
II.— Au fig.
A.— [Les différents emplois analysés sous A 1 et A 2 notamment se prêtent à des emplois fig. variés]
1. Air (milieu physique). Climat affectif, moral :
45. Un souffle d'épouvante, un air chargé de deuil
Plane autour du croisé qui ne prie et ne chasse,
Et qui s'est clos, vivant, dans ce morne cercueil.
Ch.-M. LECONTE DE LISLE, Poèmes tragiques, Le Lévrier de Magnus, 1886, p. 115.
46. Il voyait une saine et libre nature, opprimée, qui se débattait contre ses chaînes, qui aspirait à une vie franche, large, au plein air de l'âme, et puis, qui en avait peur, qui combattait ses instincts, parce qu'ils ne pouvaient s'accorder avec sa destinée et qu'ils la lui rendaient plus douloureuse encore.
R. ROLLAND, Jean-Christophe, Le Buisson ardent, 1911, p. 1406.
47. L'indécis est un anémié psychique qu'il faut sortir au grand air de l'action.
E. MOUNIER, Traité du caractère, 1946, p. 418.
2. Air (vent qui circule).
LITTÉRATURE :
48. Il y a tant de dialogues que cela ressemble à du théâtre, mais c'est ainsi que le livre s'est présenté à moi. Je ne veux à aucun prix l'alourdir d'explications. La page trop dense m'ennuie. Il faut qu'il y ait de l'air.
J. GREEN, Journal, 1949, p. 251.
MUS. [En parlant d'un morceau de mus.] :
49. On pense « harmonies » on oublie « harmoniques » (...) Cet oubli crée dans l'œuvre un manque d'air, un manque de fluidité et de résonances...
G. MIGOT, Lexique de quelques termes utilisés en musique, 1935, p. 83.
PEINT. ,,Atmosphère dans laquelle les figures représentées sur un tableau semblent se mouvoir. On dit qu'une toile manque d'air pour indiquer que la figure paraît plaquée sur la toile et qu'elle ne peut donner l'illusion de la réalité.`` (J. ADELINE, Lexique des termes d'art, 1884) :
50. Au fond de la scène, par la croisée d'où s'épand le jour, l'œil aperçoit la maison d'en face, les grandes lettres d'or que l'industrie fait ramper sur les balustres des balcons, sur l'appui des fenêtres, dans cette échappée sur la ville. L'air circule, il semble que le lourd roulement des voitures va monter avec le brouhaha des passants battant le pavé, en bas. C'est un coin de l'existence contemporaine, fixé tel que. Le couple s'ennuie, comme cela arrive dans la vie, souvent; une senteur de ménage dans une situation d'argent facile, s'échappe de cet intérieur. M. Caillebotte est le peintre de la bourgeoisie à l'aise, du commerce et de la finance, pourvoyant largement à leurs besoins, sans être pour cela très riches, habitant près de la rue Lafayette ou dans les environs du boulevard Haussmann.
J.-K. HUYSMANS, L'Art moderne, 1883, p. 111.
B.— Emplois fig. de diverses loc.
1. Battre l'air. ,,Agir inutilement.`` (J.-F. ROLLAND, Dict. du mauvais langage, 1813, p. 6).
2. Dans l'air (qqc. est dans l'air). [En parlant d'une idée, d'un événement, etc. qu'un gd nombre d'esprits s'attend à voir prendre corps] La révolution était dans l'air (Ac. t. 1 1932); Il y a de l'orage, de la bagarre dans l'air ... :
51. Il y avait dans l'air de cette époque une foule d'idées à l'état nébuleux, de problèmes à l'état d'espérances, de générosités en mouvement qui devaient se condenser plus tard et former ce qu'on appelle aujourd'hui le ciel orageux de la politique moderne.
E. FROMENTIN, Dominique, 1863, p. 246.
52. Le jeune homme d'alors, séduit aux enchantements de poètes purs et maudits, hésitant sur le seuil de cette littérature inquiétante dont tout le monde lui enseignait les périls et lui dénonçait les folies, pressentait dans l'air de son temps cette excitante émotion, cette disposition intime que l'on éprouve au concert cependant que l'orchestre s'essaie, et que chaque instrument cherche pour soi-même, et pousse librement sa note.
P. VALÉRY, Variété 4, 1938, p. 18.
3. Donner de l'air. Rajeunir :
53. Même un paralysé atteint d'agraphie après une attaque (...) aurait compris que Mme de Cambremer appartenait à une vieille famille où la culture enthousiaste des lettres et des arts avait donné un peu d'air aux traditions aristocratiques.
M. PROUST, À la recherche du temps perdu, Sodome et Gomorrhe, 1922, p. 945.
Se donner de l'air. Se libérer :
54. [Jean]. — Manassé n'est pas au théâtre?
— Il se donne de l'air. Je crois qu'il flirte avec la nouvelle figurante...
L. DAUDET, Médée, 1935, p. 141.
4. En l'air.
a) Être en l'air.
[En parlant d'une armée, d'un régiment ...] (Être) sans appui, sans protection :
55. Toute la soirée, M. de Vineuil avait paru très inquiet (...). Il sentait son régiment en l'air, trop en avant, bien qu'il eût reculé déjà...
É. ZOLA, La Débâcle, 1892, p. 203.
Dans la lang. cour. Se sentir en l'air, rester en l'air. (Être) sans résultat :
56. ... c'est qu'aujourd'hui, dans ce soir d'été, convaincu de ses échecs de politique et d'amour, se sentant de toutes parts « en l'air », auprès de sa mère encore il se retrouve tout naturellement...
M. BARRÈS, Leurs figures, 1901, p. 299.
P. ext. Inachevé :
57. C'est [le manque d'un dessein suivi] ce qui donne au romantisme son caractère « en l'air », d'inachèvement et de transports (...) pour rien.
L. DAUDET, Études et milieux littéraires, 1927, p. 7.
b) (Parler de qqc.) en l'air, (accuser qqn) en l'air. Sans appui dans la réalité, sans fondement. Paroles, contes, promesses en l'air :
58. Et il ne l'accusait pas en l'air, il donnait des preuves, publiant très haut le souvenir de ses propres entretiens avec Saint-Cyran, toutes ces extravagances, auxquelles il trouvait jadis un sens orthodoxe, ou qu'il se refusait de prendre au sérieux.
H. BREMOND, Hist. littéraire du sentiment religieux en France, t. 4, 1920, p. 79.
Subst. + en l'air. Sans solidité :
59. — Isabelle, vous perdez la tête! Comment vous iriez vous enfermer, là-bas, dans cette vieille maison?... C'est une idée en l'air, je l'espère bien!
P. REIDER, Mademoiselle Vallantin, 1862, p. 33.
Tête en l'air. Personne très étourdie.
c) [En parlant d'une pers. ou d'un groupe de pers.] En émoi, en ébullition :
60. Toute la Suisse fut en l'air. Les messieurs de Berne, de Fribourg, de Soleure, qui se doutaient bien qu'on en voulait à leurs écus, au lieu de renoncer à de vieux privilèges sur d'autres cantons, firent marcher des troupes contre nous.
ERCKMANN-CHATRIAN, Histoire d'un paysan, t. 2, 1870, p. 457.
d) Locutions
IMPR. En l'air. ,,Appel du linotypiste pour signaler au mécanicien que la distribution de sa machine est arrêtée.`` (CHAUTARD 1937).
Avoir un pied en l'air. Attendre :
61. Il serait dangereux de laisser trop longuement à tout ce monde-là le pied en l'air.
P. CLAUDEL, Le Soulier de satin, 1944, II, 1, p. 1043.
Tirer en l'air. ,,Habler, se vanter, mentir avec audace.`` (J.-F. ROLLAND, Dict. du mauvais langage, 1813, p. 6).
Fam. Jeter, envoyer, ficher, flanquer qqc. en l'air. Le détruire, y renoncer :
62. Ce lettré qui a pris tous ses grades, jette volontiers en l'air son bonnet de docteur...
A. FRANCE, La Vie littéraire, t. 2, 1890, p. 172.
Pop. Foutre en l'air. Même sens :
63. Je n'ai pas envie que ce bougre de sans-soin aille foutre tout en l'air!
P. CLAUDEL, Protée, 2e version, 1927, I, 5, p. 375.
Cracher en l'air pour que cela vous retombe sur le nez. Faire une action qui se retourne contre son auteur.
Arg. Envoyer, flanquer, foutre, mettre en l'air. Cambrioler, tuer :
64. C'que je comprends pas, c'est l'entrée des caracos dans le cirque [dans l'intrigue]! Et pourquoi ils l'ont mis [Riton] en l'air de cette façon [en le torturant]?
A. SIMONIN, Touchez pas au grisbi, 1953, p. 170.
Rem. Mettre en l'air signifie aussi « mettre en désordre ».
Foutre les tripes en l'air. Tuer :
65. Je veux les voir, les roussins!... Je leur fouterai les tripes en l'air... Je veux leur manger le cœur.
O. MÉTÉNIER, La Lutte pour l'amour, Études d'argot, 1891, p. 207.
Metteur en l'air. Assassin.
Monte-en-l'air. Voleur par escalade.
Être en l'air. Être sans argent.
5. Fendre l'air :
66. Fendre l'air, s'enfuir avec vîtesse, disparoître tout-à-coup à la vue. Il fend l'air, se dit aussi par hyperbole d'un homme vaniteux et hautain, qui prend un ton bien au-dessus de sa condition.
J.-F. ROLLAND, Dict. du mauvais langage, 1813, p. 6.
6. Mettre à l'air. Faire montre de quelque chose avec ostentation :
67. Césaire, très bavard, très galant, mit toutes ses grâces à l'air pour éblouir la Parisienne.
A. DAUDET, Sapho, 1884, p. 108.
Région. Sous la forme ,,mettre à l'ar [= air], ébruiter, divulguer.`` (VERR.-ON. t. 1 1908, p. 45).
7. Prendre l'air du bureau. ,,Ce qui paraît en bien ou en mal des sentiments, des dispositions de ceux à qui l'on a affaire. J'allai prendre l'air du bureau et je m'aperçus qu'il m'était contraire.`` (Ac. t. 1 1932) :
68. Les musiciens sont mieux traités à mon avis. Les deux dernières années de leur pension, ils les passent à Paris... Ils peuvent, comme on dit, prendre l'air du bureau...
P. MÉRIMÉE, Mélanges historiques et littéraires, 1855, p. 339.
8. Vivre de l'air du temps. Être dans la misère, sans argent pour subsister :
69. Il peut tenir à ses richesses, à ses gratifications et d'ailleurs il le faut bien, puisqu'il a de nombreuses charges et qu'un poète ne vit pas de l'air du temps.
R. BRASILLACH, Pierre Corneille, 1938, p. 310.
9. Loc. pop. et arg.
a) Fam. Avoir un courant d'air dans la cervelle. Ne pas savoir ce que l'on dit, ce que l'on fait :
70. Dieu, que je suis sotte! Voulez-vous ne pas pleurer? Comme si ça comptait, ce que je dis! Vous savez bien, enfant battue, que Claudine a un courant d'air dans la cervelle...
COLETTE, Claudine s'en va, 1903, p. 51.
b) De l'air! S'emploie pour inviter à partir une personne dont la présence n'est pas souhaitée :
71. Locution usitée pour (...) inviter le contradicteur à disparaître de votre vue (...) Tes salades, j'en ai quine... de l'air!
A. SIMONIN, Le Petit Simonin illustré, Dict. d'usage, 1957, p. 22.
c) Un nom à courants d'air. Un nom long, compliqué et généralement à particule :
72. Il doit s'agir de faits assez graves, car la bonne dame, qui porte un nom à courant d'air, — entre parenthèses, — m'a écrit une lettre angoissée et pleine de réticences.
P. BOURGET, Nos actes nous suivent, 1926, p. 139.
d) Se déguiser, se transformer en courant d'air. S'enfuir se sauver :
73. Si tu lui proposes de tirer les conséquences de ce qu'il dit, il prétend qu'il est d'accord naturellement pour ne pas avoir l'air de se dégonfler, mais dès que tu as le dos tourné, il se transforme en courant d'air : j'en ai fait dix fois l'expérience.
J.-P. SARTRE, La Mort dans l'âme, 1949, pp. 261-262.
e) Se donner de l'air, jouer la fille de l'air, se pousser de l'air. Se sauver :
74. Il s'agit de se donner de l'air (de se sauver [de Pontanezen, dépôt préalable du bagne de Brest]). Tout est préparé.
RABAN, MARCO SAINT-HILAIRE, Mémoires d'un forçat, ou Vidocq dévoilé, t. 1, 1828-1829, p. 164.
f) Prendre de l'air. S'en aller, s'esquiver.
g) Mettre de l'air dans l'estomac. Assassiner, tuer.
h) Manquer d'air. Manquer de courage, d'audace ou être déconcerté.
i) Pomper l'air. Ennuyer, importuner.
Rem. Dans la lang. pop. air peut prendre le genre fém., de même que air2 et air3 :
75. — L'air est malsaine ici, dangéreuse à respirer.
M. GENEVOIX, Raboliot, 1925, p. 163.
Prononc. — 1. Forme phon. :[]. 2. Homon. et homogr. : air2, air3, aire, ère, erre verbe, erre subst., ers, hère, Aire n. propre géogr., R lettre. 3. Dér. et composés : airage, plein-air.
Étymol. ET HIST. — 1. 1119 « fluide gazeux, constituant l'atmosphère » (Ph. DE THAUN, Comput. éd. Mall, 2802 ds T.-L. : la terre dedenz pent, L'airs tut entur s'estent); 2. 1275 « air en mouvement, vent » (ADENET LE ROI, Bueves de Commarchis, éd. A. Scheler, 786 ds T.-L. : Nus airs n'i puet venir de quel part que il vente).
Du lat. aer, -eris (attesté dep. ENNIUS, Ann., 454 ds Oxford lat. dict., s.v., 69 a) au sens 1 dep. PL., As., 99, ibid., 69 b : jubeas... me piscari in aere; au sens 2 ds LUCR., 5, 717, ibid. : cum primum... uiolentior aer puppibus incubuit.
BBG. — ANDRIEU (J.). L'Eau, la terre, l'air et le feu dans l'œuvre poétique de Lamartine (Thèse princ. Lettres. 1957.). — BACH.-DEZ. 1882. — BADER-TH. 1962. — BAILLY (R.) 1969 [1946]. — BAR 1960. — BARBER. 1969. — BAUDR. Chasses 1834. — BÉL. 1957. — BÉNAC 1956. — BERNELLE (A.). Les Quatre éléments : l'air. Vie Lang. 1959, n° 85, pp. 171-182. — Bible 1912. — BOISS.8. — BOUILLET 1859. — BRARD 1838. — BRUANT 1901. — Canada 1930. — CHAUTARD 1937. — CHESN. 1857. — DAIRE 1759. — DELC. t. 1 1926. — Divin. 1964, p. 7. — DUB. Dér. 1962, p. 55. — DUVAL 1959. — Éd. 1913. — Électron. 1963-64. — ESN. 1966. — FÉR. 1768. — FROMH.-KING 1968. — GALIANA Astronaut. 1963. — GALIANA Déc. sc. 1968. — GARNIER-DEL. 1961 [1958]. — GOUG. Lang. pop. 1929, p. 88. — GRAND. 1962. — GRIMAUD (F.). Petit glossaire du jeu de boules. Vie Lang. 1968, n° 191, p. 110. — GUILB. Aviat. 1965. — JAL 1848. — LACR. 1963. — Lar. comm. 1930. — Lar. méd. 1970. — Lar. mén. 1926. — LITTRÉ-ROBIN 1865. — NOTER-LÉC. 1912. — NYSTEN 1814-20. — PRÉV. 1755. — PRIVAT-FOC. 1870. — RÉAU-ROND. 1951. — Sc. 1962. — SOÉ-DUP. 1906. — SOMMER Suppl. 1882. — SPITZER (L.). Essays on historical semantics. New York, 1948, pp. 257-262. — ST-EDME t. 1 1824. — UV.-CHAPMAN 1956. — WILL. 1831. — ZASTROW (D.). Entstehung und Ausbildung des französischen Vokabulars der Luftfahrt mit Fahrzeugen ,,leichter als Luft`` (Ballon, Luftschiff) von den Anfängen bis 1910. Tübingen, 1963, pp. 171-172; p. 320, 394, 408, 413, 424, 426; pp. 465-466; p. 491, 501, 571.
II.
⇒AIR2, subst. masc.
A.— Apparence, comportement, attitude extérieure d'une personne (maintien, expression des traits ...).
Rem. Ce subst. (hormis les cas d'ell.) ne s'emploie que dans certaines conditions syntaxiques : il est obligatoirement suivi d'un adj., d'un subst. en fonction adjective, d'un compl. déterminatif, d'une prop. relative, ou, plus rarement, précédé d'un poss. ou d'un dém. Il sert à attribuer à une personne une certaine apparence, une manière d'être précisée par l'adj. ou le syntagme équivalent. Il a l'air bête signifie « il est apparemment bête ».
1. Air suivi d'un adj.
a) Un air, l'air, avec l'air, sous l'air ... + adj. :
1. La figure est brune, éveillée, coquette, le nez retroussé, les lèvres roses, le regard noir et droit, l'air franc, amical, fripon et bon enfant, plus spirituel de beaucoup que celui de Mme d'Humières, par exemple, avec sa bouche rose en cœur si sensuelle et tout humide.
G. FLAUBERT, Par les champs et par les grèves, Touraine et Bretagne, 1848, p. 183.
2. Non. Sous le faux air virginal
Je vois l'être inepte et vénal,
Mais c'est le rôle seul que j'aime.
Ch. CROS, Le Coffret de Santal, Sonnet, 1873, p. 101.
3. Les hommes et les femmes sont si mauvais, si incorrigibles, que je marche toujours avec un petit air penché.
J. RENARD, Journal, 1905, p. 1000.
b) Avoir, prendre l'air, un air ... + adj. :
4. Il [l'abbé] quitta instantanément son aspect bonhomme, et prit son air sacerdotal...
G. DE MAUPASSANT, Une Vie, 1883, p. 177.
5. — Mahaut n'a pas l'air bien portante.
R. RADIGUET, Le Bal du comte d'Orgel, 1923, p. 163.
6. Ils avaient l'air tout à fait calmes et presque contents.
A. CAMUS, L'Étranger, 1942, p. 1163.
Rem. Syntagmes fréq. (avoir) l'air absent, agréable, attentif, fâché, honnête, hypocrite, indifférent, joyeux, maladif, moqueur, naïf, prétentieux, provocant, triste, ...
Loc. Avoir bel air, bon air, grand air. Avoir belle apparence, grande allure :
7. Une Madame de Pontcarré, dévote de bel air, qui s'était venue loger à Port-Royal, avait induit à ces dépenses par un don de vingt-quatre mille livres qui n'avaient servi qu'à payer les fondements.
Ch.-A. SAINTE-BEUVE, Port-Royal, t. 1, 1840, p. 332.
8. Osez-vous bien dire que vous aimez autre chose qu'un beau cheval ou un habit bien fait et d'une couleur nouvelle qui vous donne bon air, le matin, en vous promenant au bois de Boulogne, ou le soir, dans votre loge, à l'Opéra, ou dans les coulisses?
STENDHAL, Lamiel, 1842, p. 178.
9. Mais, parmi vos libérateurs, quel était ce jeune homme qui semblait diriger l'attaque, et qui a blessé Vallombreuse? Un comédien, sans doute, quoiqu'il m'ait paru de bien grand air et de hardi courage.
T. GAUTIER, Le Capitaine Fracasse, 1863, p. 445.
Rem. ,,Un homme du bel air, les gens du bel air, les gens du grand air, se dit de ceux qui veulent se distinguer des autres par des manières plus recherchées. Il est le plus souvent ironique.`` (Ac. t. 1 1932). Expr. auj. vieillies.
Avoir mauvais air. Avoir une allure inquiétante, une façon de se comporter peu recommandable.
c) Adj. dém. ou poss. + air + adj. :
10. C'est probablement à cet air féroce que les Valenciens doivent la réputation de mauvaises gens qu'ils ont dans les autres provinces d'Espagne.
T. GAUTIER, Tra los montes, Voyage en Espagne, 1845, p. 372.
11. ... [considérez ... les personnages] ... leur ligne irréprochable, leur air figé, leur expression de foi fixe et profonde...
H. TAINE, Philosophie de l'art, t. 2, 1865, p. 17.
d) D'un air, de son air + adj. :
12. ... mais il chantait si bien, en levant la tête vers le ciel d'un air désolé, que le froid m'entrait jusque dans les cheveux de l'entendre. Et comme il parlait de patrie, d'amante, de vieux père, je me levai tout pâle, et je sortis pour cacher mon trouble, parce que je pensais à Marguerite.
ERCKMANN-CHATRIAN, Histoire d'un paysan, t. 2, 1870, pp. 42-43.
13. Pierrette dit d'un petit air canaille :
— J'espérais qu'il y aurait du champagne.
R. QUENEAU, Loin de Rueil, 1944, p. 117.
Rem. 1. Accord au fém. ou au plur. : l'accord se fait en principe au masc. sing. Elle a l'air sot, elles ont l'air sot. Mais les ex. d'accord au fém. ou au plur. ne sont pas rares (cf. ex. 5, 6). Cette rem. vaut également pour B (cf. ex. 60). 2. Dans l'ex. suiv., l'adj. est employé en fonction d'attribut :
14. Néanmoins l'air de Lourdois n'était pas naturel, pensa-t-il, il y a quelque anguille sous roche.
H. DE BALZAC, César Birotteau, 1837, p. 230.
2. Air suivi d'un subst. (en fonction adjective) :
15. ... « cela m'ennuie de n'avoir pas un bijou, pas une pierre, rien à mettre sur moi. J'aurai l'air misère comme tout. J'aimerais presque mieux ne pas aller à cette soirée. »
G. DE MAUPASSANT, Contes et nouvelles, t. 1, La Parure, 1884, p. 456.
16. Elle baissa les paupières avant de répondre, avec un air un peu grande sœur, très fille-du-monde, qui signifiait : « Mais voyons, c'est une question qui ne se pose pas », ...
H. DE MONTHERLANT, Le Démon du bien, 1937, p. 1358.
3. Air + compl. déterminatif
a) [Le compl. déterminatif est un subst. abstr.] :
17. Il y en avait de remarquablement belles : elles n'ont point cet air de douceur, de modestie timide et de langueur voluptueuse des femmes arabes de la Syrie; ...
A. DE LAMARTINE, Voyage en Orient, t. 2, 1835, p. 12.
18. Il retenait longtemps dans son bureau les clients qui venaient le voir, parlait beaucoup, revenait sur un point déjà examiné comme pour racheter son air de jeunesse et son défaut d'expérience par la grâce d'une conversation aimable et une grande attention à chaque affaire.
J. CHARDONNE, L'Épithalame, 1921, p. 159.
19. L'air de la réussite, quand il est porté d'une certaine manière, rendrait un âne enragé.
A. CAMUS, La Chute, 1956, p. 1514.
Rem. Syntagmes fréq. un air d'abattement, d'accablement, d'approbation, d'autorité, de bonté, de bravade, de béatitude, de candeur, de commisération, de compassion, de complaisance, de contentement, de conviction, de convoitise, de dissimulation, de dédain, de désapprobation, de détachement, d'extase, de fatuité, de fierté, de franchise, de fureur, de gaieté, d'humilité, d'impatience, d'incrédulité, d'indifférence, d'innocence, d'inquiétude, d'insouciance, de jovialité, de mécontentement, de moquerie, de mystère, de nonchalance, de négligence, de perfidie, de raillerie, de recueillement, de réprobation, de résignation, de satisfaction, de stupeur, de stupéfaction, de suffisance, de supériorité, de tristesse, ...
Loc. Air de famille, air de parenté, air de ressemblance :
20. Ghéon a pris un air de ressemblance avec le brave curé de Cuverville.
A. GIDE, Journal, 1917, p. 627.
21. Nous nous regardions à la dérobée. Il y avait entre nous, me sembla-t-il, un air de parenté :quelque chose de pauvre, d'inquiet, d'humilié; une certaine défiance réciproque, aussi.
G. DUHAMEL, Confession de Minuit, 1920, p. 122.
22. — Entendons-nous : vous ne refuserez pas d'admettre qu'il puisse exister entre des individus plus ou moins liés par le même secret, les mêmes mensonges, une certaine ressemblance — ce que les bonnes gens appellent un air de famille! — L'air de famille, c'est tout, et ce n'est rien, ça échappe aux classifications ordinaires, il faut plus que de l'œil pour le reconnaître, un don ... une faculté. J'ai ainsi une vieille parente un peu folle qui repère jusqu'à des cousinages éloignés.
G. BERNANOS, Un Crime, 1935, p. 845.
Rem. Le mot air peut simplement signifier « ressemblance entre deux personnes », cf. cet ex. : ,,Les enfants ont presque toujours l'air du père ou de la mère.`` (Nouv. Lar. ill.). De même avoir un faux air de qqn, « avoir quelque ressemblance avec lui ». Il a beaucoup de votre air (Ac. t. 1 1932).
b) [Le compl. déterminatif est un subst. concr. non actualisé] :
23. Elle [la comtesse] ne répondit rien, et demeurait étendue dans sa voiture avec un air de reine irritée.
G. DE MAUPASSANT, Contes et nouvelles, t. 1, L'Inutile beauté, 1890, p. 1146.
PEINT., SCULPT. Un air de tête. ,,L'attitude d'une tête, la manière dont une tête est dessinée.`` (Ac. 1798-1932) :
24. — Je crois entendre ce que dit en ce moment ma mère, me répondit-elle en prenant l'air de tête qu'Ingres a trouvé pour sa mère de Dieu, cette vierge déjà douloureuse et qui s'apprête à protéger le monde où son fils va périr.
H. DE BALZAC, Le Lys dans la vallée, 1836, p. 307.
c) [Le compl. déterminatif est un subst. concr. actualisé] :
25. Vraiment on a l'air d'un laquais, et non pas d'un amant.
T. DE BANVILLE, Les Cariatides, Les Baisers de pierre, 1842, p. 63.
26. J'ai l'air d'un propriétaire d'écurie de courses, d'un cercleux, d'un vieux marcheur, Justin s'était pris à tourner autour de notre ami, l'œil mi-clos, la lèvre inférieure, qu'il avait grosse et fendue, avancée d'un air méditatif.
— Mais non, mais non, disait-il. C'est parfait. Tu n'as pas l'air d'un grand-duc.
G. DUHAMEL, Chronique des Pasquier, Le Désert de Bièvres, 1937, p. 26.
Loc. L'air de tous les jours, des mauvais jours :
27. Davis se présenta, prit son air des mauvais jours pour toucher la main que lui tendait l'ingénieur, puis dit à Grayson : — ils grognent là-dedans, mais ils ne démarrent pas.
É. PEISSON, Parti de Liverpool, 1932, p. 76.
d) [Le compl. déterminatif est un nom propre]
28. ... son imagination et sa coquetterie furent intéressées à ce drôle de garçon qui, sans avoir aucun air de Paris, était assez vivant pour s'organiser un jeu si compliqué.
M. BARRÈS, Les Déracinés, 1897, p. 110.
e) [Le compl. déterminatif est un dém. antécédent d'une relative] :
29. Mais j'aimais mieux avoir l'air de celui qui sait que de celui qui questionne.
M. PROUST, À la Recherche du temps perdu, Sodome et Gomorrhe, 1922, p. 1097.
f) [Le compl. déterminatif est un inf.]
De + inf. :
30. Je m'avançais vers elle et, modeste, ingénu :
« Vous m'avez accordé cette valse, Madame? »
J'avais l'air de prier n'importe quelle femme,
Elle me disait : « oui », comme au premier venu.
SULLY PRUDHOMME, Les Vaines tendresses, Invitation à la valse, 1875, p. 160.
Locutions
Un air de ne pas y toucher :
31. Pauliet était habile et avec son air de n'y pas toucher il avait l'art de poser les questions.
P.-J. JOUVE, La Scène capitale, 1935, p. 219.
Un faux air de + inf. :
32. Ce secrétaire était un jeune homme d'une trentaine d'années qui, derrière son bureau moisi, se donnait un faux air de sortir des Sciences po : rasoir strict. Col dur et cravate impeccable.
R. ABELLIO, Heureux les pacifiques, 1946, p. 165.
Rem. Avoir l'air + adv. ou loc. adv. mis pour avoir l'air d'être + adv. :
33. Elle cherche ses intonations en dedans, et sa physionomie prend un air « ailleurs »; ...
J. RENARD, Journal, 1897, p. 394.
À + inf. :
34. Et lui présentant à la face une main mutilée, d'un air à épouvanter, il lui jeta le : « ton temps viendra! » de Chenerailles.
H. POURRAT, Gaspard des Montagnes, À la belle bergère, 1925, p. 71.
g) [Compl. déterminatifs divers] :
35. Les invités se regardaient avec un air, comme des gens au chaud dans une maison au bord de la mer un soir de tempête, qui n'aiment pas penser aux tourbillons que fabrique la nuit.
P. NIZAN, La Conspiration, 1938, p. 39.
L'air comme il faut. Attitude très convenable, très correcte :
36. Puis, derrière l'habilleuse, fermant le cortège, venait Satin tâchant d'avoir un air comme il faut et s'ennuyant déjà à crever.
É. ZOLA, Nana, 1880, pp. 1201-1202.
Un air à la mode :
37. Charles IV ne nous montre qu'un trait nouveau, le désir de paraître; c'est qu'il avait été élevé à la cour de France, et que les circonstances le forcèrent toute sa vie à vivre parmi les étrangers; or nous avons vu le caractère, l'art lorrains, toujours craintifs de paraître ridicules, prendre l'air à la mode.
M. BARRÈS, Un Homme libre, 1889, pp. 115-116.
Un air « sur les dents » :
38. ... et tout, de Magnin, l'intéressait : son absence d'aisance, son apparente distraction, son air « sur les dents », son aspect de contremaître supérieur (il était, en fait, ingénieur de Centrale), l'énergie évidente et ordonnée qui s'agitait sous ses rondes lunettes ahuries.
A. MALRAUX, L'Espoir, 1937, p. 528.
(N'avoir) l'air de rien. ,,Ne pas se faire remarquer : Il n'a l'air de rien, mais il pense à tout.`` (DUB.).
En avoir l'air. Sembler, paraître.
Sans en avoir l'air. Sans le laisser voir, sans le laisser paraître :
39. Je comprenais déjà ce raisonnement, et quand elle parlait de mon avenir avec mon oncle de Beaumont, qui la pressait vivement de céder, j'écoutais de toutes mes oreilles sans en avoir l'air.
G. SAND, Histoire de ma vie, t. 2, 1855, p. 241.
40. Les commerçants d'Edimbourg jugèrent que ce jeune homme à tête de fille était plus dangereux qu'il n'en avait l'air, et lui souhaitant le bonsoir avec respect, redescendirent à toute vitesse.
A. MAUROIS, Ariel ou la Vie de Shelley, 1923, p. 75.
4. Air + prop. rel. :
41. — Eh bien! monsieur, lui dit-il enfin avec un soupir et de l'air dont il eût appelé le chirurgien pour l'opération la plus douloureuse, j'accède à votre demande.
STENDHAL, Le Rouge et le Noir, 1830, p. 61.
42. Camille regarda sa mère d'un air où se mêlaient la convoitise et l'inquiétude.
P. DRIEU LA ROCHELLE, Rêveuse bourgeoisie, 1939, p. 21.
5. Cet air, son air, (de) quel air ... (sans compl. déterminatif) :
43. Il y a du conspirateur, du prisonnier et du faiseur de coups d'état dans sa marche, son regard, son air.
E. et J. DE GONCOURT, Journal, janv. 1863, p. 1219.
44. ... il fallait être bien perspicace, ou averti autant que l'était Fleurissoire, pour découvrir sous la jovialité de son air, une discrète onction cardinalice.
A. GIDE, Les Caves du Vatican, 1914, p. 800.
45. — Eh bien, et votre mari? Qu'est-ce qu'il devient?
Elle changea d'air immédiatement, inclina la tête avec une gravité douloureuse.
M. DRUON, Les Grandes familles, t. 1, 1948, p. 178.
Pop. Avoir de l'air, se donner de l'air :
46. Se donner ou avoir de l'air, avoir un air chagrin.
G. DELESALLE, Dict. argot-français et français-argot, 1896, p. 8.
Région. Donner de l'air à qqn :
47. Ressemblance. Nous disons : Donner de l'air à quelqu'un, pour signifier : Avoir de son air, avoir sa tournure, avoir son allure, lui ressembler à plusieurs égards. Il donne beaucoup d'air à son frère, et encore davantage à son oncle. Expression méridionale.
J. HUMBERT, Nouveau glossaire genevois, 1852, p. 13.
Loc. Gagner de l'air. Changer à son profit :
48. — Comme vous êtes changé! Vous avez gagné de l'air. Paris vous fait du bien.
G. DE MAUPASSANT, Bel Ami, 1885, p. 75.
6. Au plur. Airs.
a) Airs + adj. :
49. J'avais beau affecter des airs dégagés, préparer mes entrées avec soin, étudier mes poses, je sentais encore le novice, le conscrit. Pour tromper mon inexpérience, je pris des airs écrasants vis-à-vis des huissiers.
L. REYBAUD, Jérôme Paturot, 1842, p. 338.
50. Les élèves de l'école supérieure de Villeneuve (...) affectent bien encore des airs prudes et dégoûtés en passant près de nous...
COLETTE, Claudine à l'école, 1900, p. 228.
Fam. Prendre, avoir des airs penchés. Prendre certaines attitudes dans le but de plaire, de séduire.
Grands airs (souvent en mauvaise part). Attitude hautaine se voulant pleine de distinction :
51. Ces dames alors avaient recours à de grands airs, rappelaient négligemment les noms illustres qu'elles portaient, et demandaient une pension comme un maréchal de France se plaindrait d'un passe-droit.
G. DE STAËL, Considérations sur les principaux événements de la Révolution française, 1817, p. 77.
b) Airs + de + subst. abstr. :
52. ... ils ont lié les bras à vos défenseurs séduits par leurs faux airs de fraternité, et ils sont parvenus à vous enchaîner sur l'autel même de la liberté : ...
MARAT, Les Pamphlets, C'est un beau rêve, gare au réveil, 1790, p. 234.
53. ... mais elle reprenait, comme honteuse, son orgueil de femme décente et ses airs de vertu, ni plus ni moins qu'une Anglaise, et aplatissait toujours son Crevel sous le poids de sa dignité, car Crevel l'avait de prime abord avalée vertueuse.
H. DE BALZAC, La Cousine Bette, 1847, p. 144.
Rem. Syntagmes fréq. airs d'importance, airs de supériorité.
c) Airs + de + subst. concr. :
54. Si tu m'aimes en amant, fuis donc ces airs de mari qui étouffent l'amour et font bien mal à l'amitié.
G. DE STAËL, Lettres de jeunesse, 1786, p. 81.
55. M. de Metternich (ambassadeur d'Autriche) affectait les airs d'un homme des anciennes cours modernes.
É. DELÉCLUZE, Journal, 1825, p. 122.
d) Airs + de + inf. :
56. Vous êtes extraordinaire, vous me permettrez de vous le dire, avec vos airs de me mettre à la porte d'une maison qui n'est pas la vôtre; et si je veux bien me rendre à vos ordres, eu égard à votre état d'exaltation, vous ne sauriez moins faire, convenez-en, que de céder à ma prière.
G. COURTELINE, Boubouroche, 1893, II, 3, p. 72.
e) De ces airs, se donner des airs, prendre des airs :
57. Bref, je voulais dominer en toutes choses. C'est pourquoi je prenais des airs, je mettais mes coquetteries à montrer mon habileté physique plutôt que mes dons intellectuels.
A. CAMUS, La Chute, 1956, p. 1501.
Fam. Se donner de grands airs.
Loc. pop. Être à plusieurs airs; un air sur deux airs :
58. Être à plusieurs airs : être hypocrite ou fantasque; jouer en cachette plusieurs rôles à la fois, ou faire tantôt bonne et tantôt mauvaise mine à la même personne sans motif apparent.
L. LARCHEY, Les Excentricités de la langue française en 1860, p. 362.
59. MARIUS. — Et puis, je n'aime pas qu'on me regarde d'un air sur deux airs!
PANISSE. — Moi, je te regarde d'un air sur deux airs?
FANNY. — Tu deviens fou, mon pauvre Marius!
M. PAGNOL, Marius, 1931, I, 10, p. 84.
B.— Plus rare. Apparence extérieure d'une chose. Synon. sembler, paraître.
Rem. Air s'emploie dans les mêmes conditions syntaxiques que sous A. Les grammairiens jugent cet usage incorrect.
1. Air + adj. :
60. Nous continuons à ne rien savoir. Mais les nouvelles m'ont l'air mauvaises.
G. FLAUBERT, Correspondance, 1871, p. 252.
61. ... et il a relevé ses chaussettes, qui avaient un peu l'air mélancolique.
L. ARAGON, Les Beaux quartiers, 1936, p. 257.
Loc. Avoir bon air, grand air. Avoir une belle apparence, une belle ordonnance :
62. Ce palais d'un si grand air, ces jardins, c'est le lieu où le terrien français est venu se corrompre.
M. BARRÈS, Mes cahiers, t. 10, 3 avr.-août 1913, p. 80.
63. La maison, reconstruite après l'incendie de 1922, a bon air entre les vieux arbres.
J. GREEN, Journal, 1944, p. 118.
2. Air + subst. (en fonction adjective) :
64. ... elle voulait donner un air « fiançailles » à cette liaison, pour que les apparences fussent sauves, mais seulement un air, pas de réalité.
H. DE MONTHERLANT, Pitié pour les femmes, 1936, p. 562.
3. Air + compl. déterminatif
a) [Le compl. déterminatif est un subst. abstr.] :
65. L'univers porte en soi d'infaillibles conseils
Dont la sagesse a l'air d'une atroce démence :
...
SULLY PRUDHOMME, La Justice, Commencements, 1878, p. 88.
66. Sur la nappe blanche, deux flambeaux d'argent prêtaient un faux air de richesse à cette pièce pauvrement meublée où les derniers rayons du soleil couchant brillaient encore au bas d'une plinthe.
J. GREEN, Moïra, 1950, p. 9.
Loc. Air de famille, air de parenté :
67. Les jardiniers descendirent de leurs carrioles une collection de Caladiums qui appuyaient sur des tiges turgides et velues d'énormes feuilles, de la forme d'un cœur; tout en conservant entre eux un air de parenté, aucun ne se répétait.
J.-K. HUYSMANS, À rebours, 1884, p. 119.
b) [Le compl. déterminatif est un subst. concr. non actualisé] :
68. Vraiment aussi, il trouve que cet arbre a trop l'air en bois.
J. RENARD, Journal, 1894, p. 210.
c) [Le compl. déterminatif est un subst. concr. actualisé] :
69. Beaucoup de voitures, beaucoup de bruit, l'air d'une capitale, un petit Paris méridional, voilà Naples.
G. FLAUBERT, Correspondance, 1851, p. 127.
70. Il a, dans la cuisse, une douleur rhumatismale qui a tout l'air d'une sciatique.
E. et J. DE GONCOURT, Journal, févr. 1880, p. 59.
d) [Le compl. déterminatif est un inf.] :
71. Une eau d'une limpidité qui a l'air de laver les pierres moussues, vert de bouteille, qui sont au fond, faisant des feuilles du velours, et des cailloux jaunes, de la topaze brûlée.
E. et J. DE GONCOURT, Journal, août 1858, p. 520.
Loc. En avoir tout l'air :
72. Il neigeait. Je regardais par la fenêtre les flocons immaculés s'amasser sur le gazon. Peyrot sonna. J'ouvris moi-même.
— Je savais vous trouver, monsieur, par un temps pareil.
— Un temps qui déshonore le pays.
— Ça en a tout l'air. Il va bientôt falloir un traîneau.
J. DE PESQUIDOUX, Le Livre de raison, t. 3, 1932, p. 86.
4. Au plur. Airs :
a) Airs + adj. :
73. ...
Si bien qu'on vous admire, écouteurs infidèles,
(...)
Et que l'eau, palpitant sous le chant qui l'effleure,
Baise avec un sanglot le beau saule qui pleure;
Et que le dur tronc d'arbre a des airs attendris;
...
V. HUGO, Les Contemplations, En écoutant les oiseaux, t. 2, 1856, p. 34.
b) Airs + compl. déterminatif :
74. Il était assis sur un banc de pierre, sous l'arcade d'une galerie qui donne à la maison du Bon-Sauveur des airs d'ancien cloître.
J. BARBEY D'AUREVILLY, Troisième memorandum, introd. 1856, p. 63.
75. Des nuées de mouettes passaient devant les fenêtres, et s'ébattaient sur les berges de l'Arve, dont le cours rapide mais peu profond se donnait des airs de torrent en couvrant d'écume ses rochers à fleur d'eau.
R. MARTIN DU GARD, Les Thibault, L'Été 1914, 1936, p. 21.
c) MAN. ,,Se dit des allures d'un cheval.`` (Ac. 1798-1932). Airs bas, ,,Airs bas, ceux où le cheval manie près de terre.`` (Ac. 1835). Airs relevés, ,,Airs relevés, ceux où le cheval s'enlève davantage en maniant.`` (Ac. 1835). Aller à tous airs, ,,Ce cheval va à tous airs, on le manie comme on veut.`` (Ac. 1835).
Étymol. ET HIST. — 1580 « apparence extérieure » (MONTAIGNE, Les Essais, I, 62 ds GDF. Compl. : C'est une ladrerie spirituelle qui a quelque air de santé).
De air1 par dérivation de sens.
BBG. — BAILLY (R.) 1969 [1946]. — BAR 1960. — BÉL. 1957. — BÉNAC 1956. — BOISS.8. — BONNAIRE 1835. — Canada 1930. — DAIRE 1759. — DUCH. Beauté 1960, pp. 37-38. — ÉD. 1967. — FÉR. 1768. — FRANCE 1907. — GIRARD 1756. — GITEAU 1970. — Gramm. t. 1 1789. — GUIZOT 1864. — HANSE 1949. — KOLD. 1902. — LACR. 1963. — LAF. 1878. — LARCH. 1880. — LA RUE 1954. — LAV. Diffic. 1846. — LE BRETON 1960. — LE ROUX 1752. — NOTER-LÉC. 1912. — PRÉV. 1755. — RENSON (J.). Les Dénominations du visage en français et dans les autres langues romanes. Étude sémantique et onomasiologique. Paris, 1962, pp. 424-425 (Bibl. de la Fac. de philos. et lettres de l'Univ. de Liège. 162.). — SARDOU 1877. — SOMMER 1882. — Synon. 1818. — WANDRUSZKA (M.). Haltung und Gebärde der Romanen. Tübingen, 1954, pp. 66-75 (Beihefte zur Z. rom. Philol. 96). — ZINDEL (R.). Des Abstraits en français et de leur pluralisation. Une contribution à l'étude des mécanismes de pensée. Bern, 1958, § 74.
III.
⇒AIR3, subst. masc.
A.— MUSIQUE
1. Mélodie composée pour accompagner les paroles d'un chant. Apprendre un air nouveau :
1. ... mais souvent le bruissement des feuilles emportait l'air avec les paroles.
A. DE CHÂTEAUBRIANT, Monsieur des Lourdines, 1911, p. 4.
P. ext. Cette mélodie et les paroles qu'elle accompagne :
2. Le père Dodu se mit à entonner un air à boire; on voulut en vain l'arrêter à un certain couplet scabreux que tout le monde savait par cœur.
G. DE NERVAL, Les Filles du feu, Sylvie, 1854, p. 619.
Rem. Syntagmes fréq. un air ancien, un air populaire, célèbre, connu, à la mode; chanter, oublier un air, composer un air sur des paroles; l'air va bien aux paroles.
2. Loc. proverbiales, gén. vieillies (quelques-unes de ces loc. s'entendent au propre et au fig., cf. infra B 1 au fig.)
Vous n'êtes pas dans l'air. Vous chantez faux; vous êtes à côté de la question.
C'est l'air qui fait la chanson. C'est la mélodie qui caractérise le mieux une chanson; c'est le ton qui révèle les intentions cachées sous les paroles.
L'air et la chanson. L'apparence et la réalité.
En avoir l'air et la chanson. Être réellement ce qu'on paraît.
Se donner plus l'air qu'on n'en a la chanson. N'avoir que l'apparence de qqc. :
3. Alors, Anne-Marie reconnut la Mariette de L'Imberdis. Une déraisonnée qui s'en donnait peut-être plus l'air qu'elle n'en avait la chanson, afin de pouvoir insulter les personnes.
H. POURRAT, Gaspard des Montagnes, Le Pavillon des amourettes, 1930, p. 122.
Crier sur l'air des lampions. [Allusion au cri scandé par la foule en 1827 pour réclamer les illuminations] En deux ou trois syllabes détachées et sur un seul ton :
4. Tous les miliciens se retournèrent, même Manuel qui conduisait et hurlèrent : « hourra! » Et tous de vociférer en espagnol, sur l'air des lampions cette fois, tapant des pieds : A-dieu! Notre peu-titeu ta-ble!
A. MALRAUX, L'Espoir, 1937, p. 482.
B.— P. ext. Mélodie vocale ou instrumentale, qui forme un tout et peut se détacher d'une œuvre.
1. Mélodie d'opéra, d'oratorio, de cantate (gén. avec les paroles) :
5. ... les trois principaux acteurs de l'opéra, doivent chacun chanter cinq airs : un air passionné /l'aria patetica/, un air brillant /di bravura/, un air d'un style uni /aria parlante/, un air de demi-caractère, et enfin un air qui respire la joie /aria brillante/.
STENDHAL, Vies de Haydn, Mozart et Métastase, 1817, p. 305.
6. Chanter « un air » de Gluck au concert, passe encore; jouer tout un acte ... je n'écoute plus.
A. GIDE, Journal, 1902, p. 118.
Rem. Syntagmes fréq. un air d'opéra, d'opérette; l'air du ténor, un air de bravoure.
Au fig., littér. Thème, propos :
7. ... les lettres françaises furent jadis profondément conservatrices, alors même qu'elles chantaient des airs de fronde.
Ch. MAURRAS, L'Avenir de l'Intelligence, 1905, p. 50.
Loc. proverbiale. Je connais des paroles sur cet air-là. ,,J'ai entendu en pareille occasion les mêmes choses que vous venez de dire pour vous excuser, pour soutenir cette opinion.`` (Ac. 1835-1932).
2. Mélodie instrumentale.
Un air de flûte, de guitare, de mandoline, de pipeau, de violon, ...; des airs d'accordéon, de cornemuse :
8. Beaucoup de choses s'éveillent autour de lui : le visage rond et charmant entrevu jadis à sa fenêtre de la rue aux Juifs, la fraîcheur d'un air ancien écouté au clavecin ou au luth, ...
R. BRASILLACH, Pierre Corneille, 1938, p. 175.
Air de danse, de ballet, de valse :
9. On entend presque aussitôt un air de valse extrêmement banal et populaire.
M. ACHARD, Jean de la Lune, 1929, I, 2, p. 5.
Air de jazz, de mazurka, de menuet, de gavotte, ...
Des airs de café-concert, de cabaret, de guinguette, ...
P. compar., loc. fam.
Jouer un air de qqc. Prendre sa part de quelque chose :
10. — Un vermouth-cassis, un! ... et présenté par Mam'selle Annette! Mlle Annette, il ne se cachait point pour dire tout haut qu'il la trouvait de son goût. C'était la petite bonne du café : vingt ans à peine, blonde, niaise, mais des lèvres fraîches et le trottinement drôle. Gaspard la regardait servir et soupirait :
— Nom d'une pipe! J'en jouerais bien un air!
Elle ne venait jamais près de lui sans qu'il lui parlât, la chatouillât, lui prît les mains, les bras, la taille.
R. BENJAMIN, Gaspard, 1915, p. 146.
Jouer (toujours) le même air. ,,Rabâcher.`` (Nouv. Lar. ill.).
Argot :
11. En jouer un air : fuir, s'enfuir, se sauver, s'évader.
NOUGUIER, Notes manuscrites interfoliées au Dictionnaire de Delesalle, 10 janv. 1900, p. 157.
12. La première fois qu'on va au feu, il est permis d'avoir les grelots, mais jamais d'en jouer un air. [Écho des Marmites, n° 2, Suppl., févr. 1915].
L. SAINÉAN, L'Argot des tranchées, 1915, p. 108.
Rem. ,,L'explication [de en jouer un air] par la Fille de l'air est fausse : 1° les parlants ont en tête un air de musique; 2° le chevauchement supposé donnerait seulement se donner la Fille de l'air, qui ne se dit pas. La vraie explication est par jouer un air de flûtes, de jambes.`` (G. ESNAULT, Notes complétant et rectifiant « Le Poilu tel qu'il se parle », 1956).
Étymol. ET HIST. — 1608 mus. « mélodie, morceau de musique écrit pour une seule voix, accompagnant des paroles » (RÉGNIER, Satyre, III, v. 135 ds Œuvres, chez Lyon et Woodman [1729] p. 38 : Que leur nom retentit dans les airs que l'on chante). Calqué sur l'ital. aria3 « mélodie qui accompagne les paroles d'une composition en vers, qui peut être chantée et sur laquelle on peut danser » (attesté dep. 1555-1557, Varchi, V, 51 ds BATT. t. 1 1961) dér. de l'ital. aria2 « aspect, expression » (attesté dep. Pétrarque 1304-1374) empr. lui-même à l'a. fr. aire au sens « espèce, sorte », refait sur l'ital. aria1 « air1 », lui-même du lat. aer « air » sous la forme de l'acc. gr. (d'apr. DEI, s.v. aria2 et aria3).
STAT. — Fréq. abs. litt. :41 759. Fréq. rel. litt. :XIXe s. : a) 48 518, b) 67 731; XXe s. : a) 69 075, b) 58 360.
BBG. — BACH.-DEZ. 1882. — BAILLY (R.) 1969 [1946]. — BAR 1960. — BÉL. 1957. — BÉNAC 1956. — BOISS.8. — BOUILLET 1859. — DAIRE 1759. — DUF. t. 1 1965. — DUF. t. 2 1965. — ESN. 1966. — GITEAU 1970. — GOUG. Lang. pop. 1929, p. 88. — GOUG. Mots t. 1 1962, p. 118. — GUIRAUD (P.). Mélanges d'étymologies argotiques et populaires. Cah. Lexicol. 1967, n° 10, pp. 18-19. — PRÉV. 1755. — RITTER (E.). Les Quatre dictionnaires français. Remarques lexicographiques. B. de l'Inst. nat. genevois. 1905, t. 36, p. 343. — ROUGNON 1935. — SANDRY-CARR. 1963.

1. air [ɛʀ] n. m.
ÉTYM. 1119; lat. aer. → Aéro-.
———
I
1 Phys., chim. et cour. Mélange gazeux de composition constante à l'état pur (en volume et à la surface terrestre, 21% d'oxygène, 78% d'azote, et gaz rares en très petite quantité : 1% d'argon, hélium, krypton, néon, xénon), souvent chargé d'impuretés (acide carbonique, vapeur d'eau, traces d'hydrogène et d'ozone), et dont la masse forme l'atmosphère. Atmosphère. || L'air était pour les Anciens l'un des quatre éléments avec la terre, l'eau et le feu. || Les hautes régions de l'air. Éther. || Pesanteur de l'air et pression atmosphérique. Baromètre. || Température de l'air. Thermomètre. || État hygrométrique de l'air. Psychromètre, hygromètre. || Analyse volumétrique de l'air. Eudiomètre. || Air comprimé. || Air liquide.Air chaud, séchoir à air chaud.Techn. || Coussin d'air : couche d'air insufflée à la base d'un véhicule terrestre ( Aérotrain) ou marin ( Aéroglisseur), et qui lui permet de se maintenir au-dessus du sol ou de l'eau.Poids, masse de l'air. — ☑ Loc. Les plus lourds que l'air : les engins aériens mécaniques (opposé à : plus légers que l'air, les ballons). Aérodyne, aérostat.
…d'air. || Appel d'air. || Bulle d'air. || Colonne d'air. || Couche d'air. || Les couches d'air respirable.Courant d'air. → ci-dessous, 5.
0.1 Le vent de la course n'était plus, comme au début, l'obstacle auquel je m'appuyais de tout mon poids, il était devenu un couloir vertigineux, un vide entre deux colonnes d'air brassées à une vitesse foudroyante. Je les sentais rouler à ma droite et à ma gauche, pareilles à deux murailles liquides, et lorsque j'essayais d'écarter le bras, il était plaqué à mon flanc par une force irrésistible.
Bernanos, Journal d'un curé de campagne, in Œ. roman., Pl., p. 1213.
2 Cour. Fluide gazeux constituant l'atmosphère et que respirent les êtres vivants. || L'air est froid, glacé, vif; doux, tiède, chaud, brûlant, … humide, sec. || « L'air tiède et le soleil… » (→ 2. Air, cit. 14.1). || L'air est bon, sain, salubre, pur, léger, limpide, transparent. || Le bon air : l'air purAir mauvais, confiné, étouffé, irrespirable, raréfié, renfermé, impur, malsain, corrompu, empoisonné, infecté, vicié, fétide. || Mauvais air. || Air des montagnes, de la mer. || L'air marin. || L'air du large. || L'air, le bon air de la campagne. || L'air du pays natal, l'air natal : l'air du pays où l'on est né. || Aspirer, humer, respirer l'air, le bon air.
1 Je sais trop que je dois au bien de votre empire
Et le sang qui m'anime, et l'air que je respire.
Corneille, le Cid, IV, 3.
2 Votre voix, je l'entends; votre air je le respire (…)
A. de Musset, À Ninon.
3 (…) l'air était tiède et embaumé.
A. de Musset, la Confession d'un enfant du siècle (→ Agiter, cit. 2).
4 Ils aspiraient à pleins poumons la fraîcheur de l'air.
Flaubert, Salammbô, VII.
5 L'air est pur, la route est large,
Le clairon sonne la charge (…)
Paul Déroulède, les Chants du soldat, « Le clairon ».
6 La neige qui couvrait la terre sous la lumière rousse du ciel, rendait l'air muet et sourd.
France, la Rôtisserie de la reine Pédauque, p. 51.
7 (…) respirant à pleine poitrine le bon air vif et piquant des beaux jours d'hiver.
Loti, Aziyadé, IV, XXXI.
8 L'air avait pris une limpidité absolue, comme s'il était raréfié, raréfié jusqu'au vide.
Loti, Ramuntcho, IV.
9 Tel qui veut se griser d'air pur, s'enivrer sur les hauteurs, n'arrive qu'à s'enrhumer.
J. Renard, Journal, 26 sept. 1908.
10 Le souffle frais qui faisait bruire les feuillages de l'avenue sembla venir attaquer l'air vicié de la chambre.
Martin du Gard, les Thibault, I, 5.
Plein air : espace ouvert, air du dehors.Le plein-air : endroit où l'on pratique un sport en plein air.Sports, activités pratiqués en plein-air. || Une séance de plein-air.
L'air libre : milieu non clos — ☑ À l'air libre. Dehors.
Loc. Le fond de l'air.D'air.Un bol d'air.
3 (Dans un espace clos). || L'air d'une pièce, d'une chambre. || On respire ici un air confiné. || Régler la température, l'humidité de l'air. || Conditionnement d'air.
Air conditionné, n. m. (d'après l'angl.) : air qui est amené à une température et à un degré hygrométrique déterminé.
10.1 Sur les plateaux, on prévoit des installations pour l'air conditionné, des aspirateurs, et des souffleurs (…)
Lo Duca, Technique du cinéma, p. 11.
Installation par laquelle on amène l'air conditionné à un local. || Avoir l'air conditionné.
10.2 On devrait se cotiser (…) pour lui installer l'air conditionné dans la cabine.
J. Cau, la Pitié de Dieu, p. 23.
4 Loc. verbales (où air a la valeur de « milieu extérieur, non protégé »). a Prendre l'air. || Aller prendre l'air : aller se promener, respirer le grand air.
11 Il doit mener à Auteuil sa fille (…) pour lui faire prendre l'air.
Racine, Lettres.
Changer d'air : se transporter dans un lieu où l'on respire un autre air. || J'ai besoin de changer d'air : je pars en voyage.
Donner de l'air, aérer, et, absolt, De l'air. Éventer, ventiler.
Fam. Pomper l'air à qqn. Pomper. — ☑ Il ne manque pas d'air : il a du culot.
b À l'air : exposé au dehors, non recouvert. || Se promener les fesses à l'air, le cul à l'air. → Le derrière au vent. || Mettre tout à l'air.
11.1 Il ne peut plus se contenir, l'état le plus indécent manifeste sa flamme; il ne craint pas de mettre tout à l'air (…)
Sade, Justine…, t. I, p. 109.
5 (1275, « vent »). a Ce fluide en mouvement. || Mouvement, agitation, circulation de l'air. Agiter (cit. 2 et 3). || Il y a de l'air, il fait de l'air. Brise, vent.
12 Les parfums chargent l'air d'un odorant nuage (…)
Hugo, Odes et Ballades, IV, 11.
13 Une bouffée d'air brûlant s'échappa de l'ouverture sombre (…)
Th. Gautier, le Roman de la momie, Prologue.
14 Des souffles frais du dehors, des caresses d'air qui passaient sur les visages (…)
Maupassant, Clair de lune, « L'enfant ».
b Ce fluide, en tant que milieu acoustique. || Remplir, faire résonner, retentir, trembler, vibrer l'air, en parlant des sons, des bruits, des cris.
15 (Les chiens) Remplirent l'air de cris (…)
La Fontaine, Fables, XII, 23.
c …d'air. || Courant d'air : air en mouvement entre deux ouvertures opposées. Courant (cit. 7 à 9 et supra). — ☑ Loc. fig. Courant.
16 Un courant d'air traversa la salle, éparpilla les détritus.
Martin du Gard, les Thibault, III, 14.
Bouffée d'air, souffle d'air.Coup d'air : fluxion ou douleur causée par l'air, un courant d'air.
Trou d'air. Trou.
d Loc. fam.
Fam. Allez, de l'air ! : va-t'en, fiche le camp (fais de l'air, un courant d'air, en filant).
Fam. Brasser, remuer de l'air. → Faire du vent.
6 Espace rempli par ce fluide au-dessus de la terre; milieu aérien. || Battre l'air. || Les oiseaux battent l'air de leurs ailes. || Fendre l'air. || S'élever en l'air. Ciel (entre ciel et terre). || Planer dans l'air. || Descendre du haut des airs.
17 Vive la gent qui fend les airs !
La Fontaine, Fables, II, 5.
18 Une sorte de bras dont il s'élève en l'air
Comme pour prendre sa volée (…)
La Fontaine, Fables, VI, 5.
19 Nous vous voiturerons par l'air en Amérique.
La Fontaine, Fables, X, 2.
En l'air : vers le haut. || Tirer un coup de fusil en l'air, tirer en l'air, sans diriger son coup, de manière à ne pas atteindre.Regarder en l'air.Sauter en l'air : → aussi ci-dessous, II., 6.(Avec jeu de mots sur le sens 7.) :
19.1 Dès onze heures du matin, tout Paris fut en l'air (…) tous les véhicules aériens de la ville et des faubourgs (…) volèrent dans tous les sens.
A. Robida, le Vingtième Siècle, p. 234 (roman d'anticipation; 1883).
7 Le milieu aérien (où se déplacent aérostats et avions). || La conquête de l'air. || Routes de l'air. || Armée de l'air : ensemble des forces aériennes. || Baptême de l'air.Prendre l'air. || L'avion a pris l'air, a décollé. Envoler (s').
Missile air-air, air-sol, tiré d'un engin aérien sur une cible aérienne, terrestre.
Par ext. || L'air : l'aviation, les transports aériens. || Le Ministère de l'air. || Un héros de l'air.Les métiers de l'air. || Hôtesse de l'air. || Mal de l'air : malaises qui apparaissent chez certains passagers.Par air : par les transports aériens (→ Par avion). || Envoyer un colis par air.
Médecine de l'air, qui étudie les problèmes biologiques posés par le vol, notamment à haute altitude.
Air, dans les noms de compagnies aériennes. || Air Afrique, Air Canada, Air France, Air Inter…
8 De l'air, des airs, loc. poét. || Les habitants de l'air : les oiseaux. || La Reine (ou le roi) des airs : l'aigle. || La fille de l'air : l'abeille et, par dérision, la mouche. || Esprits, génies de l'air : elfe, sylphe. || Puissances de l'air : démons.
20 Je vais faire la guerre aux habitants de l'air.
Boileau, Épîtres, 6.
21 L'Aigle, reine des airs (…)
La Fontaine, Fables, XII, 11.
22 Qu'un vil et rampant animal
À la fille de l'air ose se dire égal.
La Fontaine, Fables, IV, 3.
23 Je suis l'enfant de l'air, un sylphe (…)
Hugo, Ballades, II.
———
II Fig.
1 Souffle, haleine, émanation. || Prendre l'air du feu, un air de feu : s'approcher du feu, en goûter la chaleur comme en passant.
2 Espace, distance (dans des loc.).Se donner de l'air : se libérer de certaines contraintes. — ☑ Fam. Prendre l'air, se donner ou se pousser de l'air (vieilli), se déguiser en courant d'air : prendre la fuite.Donner de l'air à qqn, le libérer.
23.1 Gare aux particuliers qu'ont de la braise ! si on a donné de l'air à Lesorne (s'il est en liberté).
Louise Michel, la Misère, III, p. 511.
Il faudrait mettre un peu d'air dans cette composition, dans ce tableau, un peu d'espace entre les objets, les dégager. Dégager, détacher, distinguer (les plans); aérer; blanchir (en t. d'imprim.).
3 Loc. Vivre de l'air du temps : n'avoir aucune ressource.
4 Ce qui entoure; atmosphère, ambiance.Vx. || L'air de la cour, de la ville, des salons. — ☑ Loc. Prendre l'air du bureau : s'informer de ce qui s'y passe, de l'esprit qui y règne, des dispositions des uns et des autres. Influence, milieu (→ Prendre la température). — ☑ Vx. Porter le mauvais air quelque part : y porter la contagion.
24 L'air de la cour a donné à son ridicule de nouveaux agréments.
Molière, la Comtesse d'Escarbagnas, 1.
25 L'air précieux (…) s'est aussi répandu dans les provinces, et nos donzelles ridicules en ont humé leur bonne part.
Molière, les Précieuses ridicules, 1.
26 L'air de cour est contagieux (…)
La Bruyère, les Caractères, VIII, 14.
5 Dans l'air, se dit des idées qui se répandent, des mouvements, des actions qui se préparent.
27 Ces idées ne s'enseignaient à aucune école; mais elles étaient dans l'air, et l'âme du jeune réformateur en fut de bonne heure pénétrée.
Renan, Vie de Jésus, IV, p. 120.
Loc. Il y a de l'orage dans l'air : l'atmosphère est menaçante, les esprits sont excités.Il y a qqch. dans l'air, qqch. qui se prépare.
28 Il y avait de la bagarre dans l'air cette nuit.
Martin du Gard, les Thibault, VII, 43.
28.1 — Mais comme l'aurait-on su ? demanda Michel Strogoff, que ces nouvelles, plus ou moins véridiques, intéressaient directement.
— Eh ! comment on sait toutes ces choses, répondit Alcide Jolivet. C'est dans l'air.
J. Verne, Michel Strogoff, p. 155-156.
6 Loc. adv. (→ une autre valeur, ci-dessus, I., 6.). || … en l'air. En parlant des personnes.Tête en l'air : étourdi. → Dans les nuages.
Loc. Mettre en l'air : déranger, mettre en désordre. || Cette nouvelle mit toutes les têtes, tout le monde en l'air.En désordre, sens dessus dessous. || Il a mis toute la pièce en l'air en cherchant ce papier. || Mettre tout en l'air ( Bouleversement).En parlant des choses sans réalité, sans fondement : || Contes en l'air. || Offres, menaces, paroles, projets, promesses en l'air, peu sérieux.Parler en l'air, sans fondement. Faux, fictif, imaginaire, inutile.
29 Et si d'une offre en l'air votre âme encor frappée
Veut bien s'embarrasser du refus de Pompée (…)
Corneille, Sertorius, IV, 2.
30 Que sert de pousser des soupirs superflus
Qui se perdent en l'air, et que tu n'entends plus ?
Racine, Alexandre, IV, 1.
31 Tous les personnages qu'il (Molière) représente sont des personnages en l'air.
Molière, l'Impromptu de Versailles, IV.
32 Sur des soupçons en l'air je m'irais alarmer !
Molière, le Dépit amoureux, I, 1.
33 Prétendront-ils m'amuser par des contes en l'air ?
Molière, les Fourberies de Scapin, I, 4.
34 « Voyons ! voyons ! Serrons la question de près ! Ne restons pas en l'air ».
Bernanos, l'Imposture, in Œ. roman., Pl., p. 450.
35 Afin d'éviter de traiter de l'esprit d'observation trop en l'air, disons, en suivant cette idée si naturelle des trois principaux métiers, qu'il y a bien trois méthodes d'observer.
Alain, De l'observation, in les Passions et la Sagesse, Pl., p. 1118.
Loin de soi.Fam. Je vais envoyer, flanquer tout ça en l'air, jeter tout ça, m'en débarrasser.Fam. || Flanquer, ficher, foutre qqch. en l'air. Rejeter, renverser. || Il a tout foutu en l'air. || Il voulait tout foutre en l'air. → Envoyer promener. — Ellipt. || Le ministère est en l'air, renversé.
35.1 Tais-toi, ou je fous la table en l'air.
J. Renard, Journal, 16 mars 1903.
Sans abri, sans appui, sans soutien. || L'aile droite de l'armée est en l'air.
Loc. verb. (argot). S'envoyer en l'air : avoir des relations érotiques et éprouver du plaisir. Jouir.Loc. Une partie de jambes en l'air.
36 Je ne m'apercevais pas que Jean-Louis venait de faire l'amour avec la malheureuse Anne d'Autriche tourmentée par le vilain cardinal, tandis que Denise s'envoyait en l'air avec le zouave du général Dourakine.
J.-L. Bory, Ma moitié d'orange, p. 25.
Fam. et régional (personnes). || En l'air : dans un état d'agitation. || Elle est toujours en l'air.Subst. (nom masculin) :
37 Elle avait été habituée par son père à ce perpétuel « en l'air » de la vie de commerce (…)
Alphonse Daudet, Fromont jeune et Risler aîné, p. 98.
CONTR. Vide.
DÉR. Airage.
COMP. Air bus.
HOM. R (lettre); 2. air, 3. air; aire; ère; erre, errent (du v. errer); ers (plante); haire; 1. hère, 2. hère.
————————
2. air [ɛʀ] n. m.
ÉTYM. 1580; de l'emploi fig. « atmosphère, ambiance », de 1. air, avec infl. de l'anc. franç. aire. → 3. Air.
Manière d'être extérieure (d'une personne).
1 Façon, manière de se comporter, de se conduire. Allure, comportement, façon, genre, manière. || Avoir, prendre un air, un certain air.
1 (…) Mais de l'air qu'on s'y prend,
On fait connaître assez que notre cœur se rend (…)
Molière, Tartuffe, IV, 5.
REM. On dirait aujourd'hui : dont on s'y prend.
2 (Lucile) m'a parlé d'un air à m'ôter tout soupçon.
Molière, le Dépit amoureux, III, 8.
Dire, faire qqch. d'un air…
3 Il faut voir de quel air il dit cela : gagner honorablement sa vie !
Alphonse Daudet, le Petit Chose, I, IV.
Avoir un (certain) air, un air de… Allure, apparence, aspect, attitude, caractère, contenance, dehors, démarche, maintien, port, visage; fam. gueule. || Avoir un air absent, pensif, étourdi, indifférent; attentif, interrogateur. || Un air affecté, hypocrite; simple, franc. || Air agréable, aimable, gracieux; désagréable, froid, moqueur. || Air bête, ridicule; intelligent, vif. || Air bon, honnête; mauvais, méchant; brusque, dur, provocant. || Air calme, doux, tendre. || Air gai, joyeux, heureux; triste, grave, fâché, maladif. || Un air fier, prétentieux; honteux, modeste. || Un petit air innocent. || Un air jeune, un air de jeunesse (→ ci-dessous, 2.). || Air naïf; soupçonneux. || Air noble; grossier. || Air résolu; timide. (Voir ces mots, auxquels sont rattachés synonymes et analogues).
4 Il y a une élévation qui ne dépend point de la fortune : c'est un certain air qui nous distingue et qui semble nous destiner aux grandes choses.
La Rochefoucauld, Maximes, 399.
5 (Vous) considérerez, en regardant votre air,
Que l'on n'est pas aveugle et qu'un homme est de chair.
Molière, Tartuffe, III, 3.
6 Cet air pincé de la bouche lui donne un petit air sucré.
Diderot, Salon de 1765.
7 (…) il avait l'air indifférent du sauvage.
Chateaubriand, Mémoires d'outre-tombe, t. II, I, L, VIII.
8 (…) avec son air bourru, c'était le meilleur homme du monde,
Alphonse Daudet, le Petit Chose, I, 2.
9 Et tout le temps que je parlais, c'étaient entre eux des hochements de tête, de petits rires fins, des clignements d'yeux, des airs entendus (…)
Alphonse Daudet, Lettres de mon moulin, XII, p. 120.
10 Sa figure est bonne et franche; ses yeux regardent bien en face; rien de ce qu'on est convenu d'appeler l'air jésuite.
Loti, Figures et choses…, À Loyola, p. 71.
11 Mise sans beaucoup de soins (…) l'air un peu souillonnette (…)
R. Rolland, Jean-Christophe, t. III, 2.
11.1 Sa robe noire, étroite, la faisait très mince, lui donnait l'air tout jeune, un air grave pourtant que démentait sa tête souriante, toute éclairée par ses cheveux blonds.
Maupassant, Fort comme la mort, I, I, éd. 1889, p. 20.
2 Apparence expressive plus ou moins durable, manifestée par le visage, la voix, les gestes, etc. Expression, mine, physionomie.
a Un air de… || Un air d'audace, de componction, de doute, d'extravagance, de fête, de grandeur, de jeunesse, de lassitude, de résolution, de sérénité, de sévérité, de surprise, de vérité…
12 Vous puis-je offrir mes vers et leurs grâces légères ?
S'ils osent quelquefois prendre un air de grandeur (…)
La Fontaine, Fables, VIII, 4.
13 Un certain air d'audace et de gaieté dans le regard contrastait avec cette apparence maladive.
Mérimée, Arsène Guillo, I.
14 Un petit air de doute et de mélancolie,
Vous le savez, Ninon vous rend bien plus jolie (…)
A. de Musset, Poésies nouvelles, « À Ninon ».
14.1 L'air tiède et le soleil donnaient aux hommes des airs de fête, aux femmes des airs d'amour, faisaient cabrioler les gamins et les marmitons blancs (…)
Maupassant, Fort comme la mort, I, III, éd. 1889, p. 90.
14.2 Elle dépose son ouvrage sur la table, à côté de la grosse pelote noire, et demeure immobile, à le dévisager en silence, avec un air d'attente, ou d'anxiété, ou de peur.
A. Robbe-Grillet, Dans le labyrinthe, p. 194.
b (Qualifié par un adj.). || Un air honnête, fermé, etc. (→ ci-dessus, 1.). || Un air bizarre. || Un air tout pensif (cit. 3).
Loc. Avoir (un) grand air, un air de distinction, de majesté, de noblesse. — ☑ Vx. Une personne de (du) grand air.
15 La duchesse de Bourgogne avait un grand air, une taille noble (…)
Voltaire, Louis XIV, 27, in Littré.
16 Madame de Coislin était une femme du plus grand air.
Chateaubriand, Mémoires d'outre-tombe, t. II, II, L, IV.
Vx (langue class.). Bel air : bon ton, manière du beau monde. || Le bel air des choses. || Les gens du bel air.
17 Souvenez-vous bien, vous, de venir (…) là, avec cet air qu'on nomme le bel air, peignant votre perruque, et grondant une petite chanson entre vos dents.
Molière, l'Impromptu de Versailles, III.
18 Cela me fait honte de vous ouïr parler de la sorte, et vous devriez un peu vous faire apprendre le bel air des choses.
Molière, les Précieuses ridicules, 4.
19 Le bel air ne messied pas toujours, et un certain goût de bien dire ne gâte pas une femme.
France, le Jardin d'Épicure, p. 194.
Vieilli. Bon air : allure élégante, distinguée. || Avoir bon air, très bon air, le meilleur air (du monde, qui soit, etc.).
20 Qu'il est bien fait ! qu'il a bon air !
Molière, Monsieur de Pourceaugnac, II, 6.
21 (Ne trouves-tu pas) qu'il a l'air le meilleur du monde ?
Molière, le Malade imaginaire, I, 4.
Fam. Il a l'air comme il faut, convenable, correct, honnête.
22 (…) cortèges interminables de messieurs et de dames sur leur trente et un, l'air très comme il faut.
Zola, l'Assommoir, t. I, p. 83.
Un air inquiétant, étrange. fam. Genre; dégaine.Fam. || Un drôle d'air.
Loc. verb. Prendre l'air de… : affecter la forme (de…).
23 Quelques moments après, leur corps et leur visage
Prennent l'air et les traits d'animaux différents.
La Fontaine, Fables, XII, 1.
3 (Au plur.). Apparence.Prendre, se donner des airs, de grands airs, des airs d'importance, de supériorité… Affecter; affectation, embarras (faire des). || Il se donne des airs d'aristocrate, de martyr.
24 Avec cela, on fait le fier, on se donne des airs.
Voltaire, l'Homme aux 40 écus.
24.1 (…) je voulais dominer en toutes choses. C'est pourquoi je prenais des airs, je mettais mes coquetteries à montrer mon habileté physique plutôt que mes dons intellectuels.
Camus, la Chute, p. 65.
Fam. Avoir, prendre des airs penchés : affecter certaines attitudes pour se rendre intéressant.
Fam. (jeu sur le sing. et le plur.). Il a un air d'en avoir deux, un air sur deux airs, un drôle d'air.
4 Avoir l'air… : présenter tel aspect. || Il avait l'air content. || Après le spectacle, elle avait l'air heureux.
Loc. verb. (entraînant l'accord de l'attribut). Paraître. || Vous avez l'air très réservée. || Cette boutique a l'air fermée.
24.2 (…) la place était vacante, et la petite l'a prise sans difficulté, elle se forme, elle commence (…) à avoir l'air plus fine et moins ahurie, dans le monde.
Stendhal, Journal, 4 avr. 1813, Pl., p. 1253.
24.3 (…) Pilou a l'air furieuse. Ce que je dis ne fait pas bonne impression. Peut-être ferais-je mieux de me taire (…)
Claude Mauriac, le Dîner en ville, p. 42.
24.4 On n'entend pas non plus le moindre son : ni pas, ni murmures étouffés, ni chocs d'ustensiles. Toute la maison a l'air inhabitée.
A. Robbe-Grillet, Dans le labyrinthe, p. 58.
25 Cette locution verbale était encore en voie de composition quand l'âge de l'analyse a commencé. D'où deux tendances, l'une tout instinctive, à considérer avoir l'air comme l'équivalent des verbes sembler, paraître, l'autre où l'on décompose, et où par suite on accorde avec air. Les uns disent : Cette femme a l'air bonne, les autres : a l'air bon. Dans cet exemple, rien qui choque. Mais, qu'on considère des phrases où il ne peut plus être question d'un air,impossible de conserver le masculin. C'est un contresens que de dire : cette doctoresse a réellement l'air savant,ou cette poire a l'air bon.
F. Brunot, la Pensée et la Langue, p. 624.
N'avoir l'air de rien : avoir l'air insignifiant, sans valeur, facile (mais être réellement tout autre chose).
26 Du dehors, la maison n'avait l'air de rien.
Alphonse Daudet, Tartarin de Tarascon, p. 5.
(Personnes).L'air de rien : sans rien manifester (de ses intentions). Mine (de rien).Un air de rien qui ne trompe personne : un air indifférent, sans intentions précises.
26.1 Maman, qui se vante d'avoir des antennes, s'arrête pour observer, d'un air de rien gros comme une maison, espérant passer inaperçue avec son manteau bleu ciel, son canotier rouge et ses diamants.
Benoîte et Flora Groult, Journal à quatre mains, p. 27.
(Avec de et l'inf.). || Avoir l'air de s'intéresser à qqch., de travailler… || Donner l'air : faire paraître; donner l'impression que…
27 (…) les innombrables minarets qui ont l'air de pointer vers les étoiles.
Loti, Suprêmes visions d'Orient, p. 137.
28 Elle avait une façon de se tenir un peu penchée en avant qui lui donnait toujours l'air d'accourir vers un ami, d'offrir à tout venant la vivacité animale de son sourire.
Martin du Gard, les Thibault, II, XI.
Se donner, prendre l'air, un air sévère, l'air de… (et inf.) : affecter, faire semblant d'être sévère.
29 (…) pour parer mon discours et me donner l'air d'habile homme.
Molière, le Médecin malgré lui, III, 1.
Ressemblance. || Avoir des airs de qqn. || Avoir un faux air de qqn.
30 Vous avez un peu l'air de Mme de Sottenville.
Mme de Sévigné, in Littré.
31 Je le maintiens prodige, et tel que d'une fable
Il a l'air et les traits, encor que véritable.
La Fontaine, Fables, XI, 9.
Ils ont un air de famille : ils se ressemblent; ils semblent être des proches parents.
5 Peint. || Air de tête : attitude, maintien de la tête, dans une représentation picturale.
32 Les nobles airs de tête amplement variés.
Molière, la Gloire du Val de Grâce.
6 Manège. Allures du cheval. || Airs bas, airs relevés.
HOM. V. 1. Air.
————————
3. air [ɛʀ] n. m.
ÉTYM. 1578; ital. aria (mil. XVIe dans ce sens), extension du sens de « manière » (→ 2. Air); de l'anc. franç. aire « espèce, sorte », du lat. aer. → 1. Air.
1 Morceau de musique composé pour une seule voix, accompagné de paroles. Mélodie. || Fredonner, siffler l'air d'une chanson à la mode. || Il apprend facilement tous les airs nouveaux. || Air gai, triste. || Air entraînant, monotone. || Air d'opéra ( Aria; cavatine), de vaudeville. || Le grand air (d'une scène d'opéra). || Air de bravoure. || Air d'église. || Air populaire. || Air ancien, nouveau, connu, air à la mode. || Apprendre l'air d'une chanson. || Composer, écrire, chanter, jouer, rabâcher un air. || Un petit air à la mode. || L'air et les paroles.
1 Il faut, Monsieur, que l'air soit accommodé aux paroles.
Molière, le Bourgeois gentilhomme, I, 2.
2 Une telle a fait des paroles sur un tel air (…) Je veux vous dire l'air que j'ai fait dessus.
Molière, les Précieuses ridicules, 9.
3 Il rejeta sa cigarette, siffla un air qui courait les rues (…)
Maupassant, Fort comme la mort, p. 5.
4 Deux négresses esclaves (…) se chantaient des airs de leur pays (…)
Loti, les Désenchantées, I, 2.
5 Ils étaient comme ces abonnés de l'Opéra qui se garderaient de porter un jugement sur une nouvelle cantatrice avant de l'avoir entendue dans le grand air du premier acte.
Jean-Louis Curtis, le Roseau pensant, p. 17.
Loc. Ce n'est pas l'air, vous n'êtes pas dans l'air : vous ne chantez pas juste, vous détonnez.
Fig. Je connais des paroles sur cet air là : j'ai déjà entendu les mêmes allégations, les mêmes excuses.
Loc. prov. C'est l'air qui fait la chanson : c'est le ton qui fait le sens des paroles.Par ext.L'air et la chanson : l'apparence et la réalité.En avoir l'air et la chanson : être réellement ce qu'on paraît.
2 Le chant et les paroles ensemble. Chanson, chant. || Un air à boire : une chanson faite pour être chantée à table. Bachique. || Écouter des airs d'autrefois, de vieux airs des provinces.
3 Mélodie accompagnée à l'orchestre. || Air de violon, de flûte. || Air de danse, de ballet. || Un petit air guilleret joué à la flûte. Musique. || Variations sur un air. || Nous avons passé la soirée à écouter des airs de jazz.
Mus. || Air de cour : air d'écriture polyphonique écrit pour la voix, ou la voix et le luth (jusqu'à la fin du XVIe siècle); air galant d'un genre précieux.
4 Loc. fam. Jouer toujours le même air : rabâcher. — ☑ Argot. En jouer un air (pour jouer un air de flûtes, de jambes) : s'enfuir.
HOM. V. 1. Air.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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